Valerie Pippy : encore plus engagée dans la construction de maisons

Il y a deux ans, Valerie Pippy, conseillère chez Conseillers T.E., s’est jointe à une équipe de bénévoles qui construisent des maisons en République dominicaine. Tout juste après avoir terminé sa deuxième maison, elle prévoit déjà en bâtir une troisième l’an prochain.

La communauté de Nuevo Renacer (« Nouvelle renaissance ») est établie en périphérie de Puerto Plata, mais ce nom est introuvable sur une carte de la République dominicaine. La communauté portait autrefois le nom d’Aguas Negras (« Eaux noires »), ce qui n’est pas un hasard. Les berges et la plage aux abords de la communauté, située à l’embouchure du Rio San Marcos, sont en effet jonchées de déchets qui descendent la rivière aux eaux troubles de la ville de villégiature voisine.

En fait, la situation était encore pire. Avant un récent nettoyage, les camions utilisaient la plage comme dépotoir. C’est alors que Valerie Pippy et neuf de ses collègues ont plongé dans le monde de Live Different, un organisme de bienfaisance canadien qui aide les communautés du tiers-monde en construisant des maisons.

Conseillère aux bureaux de Toronto et de St. John’s de Conseillers T.E., Valerie avait déjà commandité le fils d’un de ses collègues qui souhaitait participer à la construction de maisons. Il y a deux ans, elle a elle-même fait le saut et est devenue constructrice bénévole.

« Lorsque nous avons terminé notre maison en 2016, je savais que je devais retourner en République dominicaine pour en construire d’autres et améliorer les conditions de vie d’un plus grand nombre de personnes, de dire Valerie. Mon mari et moi avons toujours essayé de redonner le plus possible à notre propre communauté, mais cette expérience m’a vraiment fait comprendre à quel point nous sommes chanceux, et que nous devions en faire plus, ajoute-t-elle. Les gens peuvent dire que nous devrions commencer par notre propre communauté, mais notre communauté est mondiale et nous devrions donc donner un coup de main aussi bien à la maison qu’à l’étranger. »

À la fin de 2017, Valerie et ses clients avaient amassé une somme suffisante pour construire trois autres maisons, deux cette année et une l’an prochain. Elle a amené son mari Robert et son fils David, ainsi que son cousin, sa femme et un neveu. D’autres employés de Conseillers T.E., dont certains avaient pris part au voyage de 2016, ont également amené des membres de leur famille, ce qui a rendu ce projet de construction une réelle histoire familiale.

Valerie n’a pas découvert l’organisme Live Different par hasard. En effet, elle avait déjà commandité les voyages en République dominicaine de Parker Willis, fils de Terry Willis qui est vice-président à Conseillers T.E. Lors d’un trajet en autobus durant des vacances familiales au Panama il y a sept ans, Parker avait vu deux garçons se disputer un trognon de pomme trouvé dans les ordures.

« Je ne les ai jamais oubliés », affirme Parker. Il a googlé des organismes humanitaires et est tombé sur Live Different. Ses parents ont décidé de s’engager et sa mère, Alison, est maintenant directrice principale des programmes internationaux. « Peu importe la quantité de connaissances que mes professeurs m’enseignent, peu importe le nombre de documentaires que je regarde, peu importe le nombre de lectures que je fais, je n’aurai jamais à enlever l’eau qui s’infiltre dans ma maison chaque matin quand il pleut… ni à choisir parmi un groupe d’enfants celui qui pourra aller à l’école », a déclaré Parker, maintenant étudiant en développement international à l’Université York. On ne peut pas changer le monde, dit-il d’un ton songeur, mais nous pouvons changer l’univers de quelqu’un. »

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Live Different a été fondé 2005. L’organisme est né d’un projet de sensibilisation appelé Absolute Leadership Development, qui consistait à organiser des présentations de motivation dans des écoles partout au Canada. Live Different est allé plus loin en encourageant les étudiants et d’autres organismes de bienfaisance à recueillir des fonds afin de se rendre en personne dans le Sud et d’aider à construire des maisons, des écoles et des centres communautaires en République dominicaine. Au fil des ans, il a poursuivi son œuvre en Haïti, au Mexique et même en Thaïlande.

Les gens qui, comme Bill Rawlins de Nanaimo, reviennent sans cesse pour aider illustrent peut être le mieux le succès de Live Different. En effet, M. Rawlins a participé à plus de 50 projets de construction depuis qu’il a amené un groupe d’étudiants en République dominicaine en 2005; il est maintenant membre du conseil d’administration de l’organisme.

M. Rawlins, qui a pris sa retraite en tant qu’administrateur scolaire en 2006, dit qu’il ne pourrait jamais retourner en arrière, particulièrement après une expérience vécue dans un village haïtien, dépourvu d’installations sanitaires. Une femme faisait alors cuire des têtes de poisson sur la braise et la puanteur était insupportable. « J’ai enseigné ce genre de choses à l’école secondaire. Je n’aurais jamais pu imaginer que les conditions pouvaient être si mauvaises. Je l’ai vu, je l’ai senti et je l’ai respiré pour la première fois. »

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Pendant cinq jours consécutifs en mars, les participants bénévoles au projet de construction de la famille Pippy se sont levés, ont avalé leur déjeuner, ont vaporisé sur eux de l’insecticide, se sont enduits de crème solaire, puis ont sauté dans un camion sans toit à l’extérieur d’une petite station balnéaire de Sosua. Le trajet jusqu’à La Union était d’environ 15 minutes. Le long de la route principalement à deux voies, les conducteurs de motos et de scooters faisaient les casse cou en se faufilant à travers la circulation. Quelques véhicules transportaient des familles entières précairement perchées, dont un avec une mère derrière qui allaitait son bébé.

Chaque jour, l’autobus quittait la route principale à la hauteur d’un bosquet pour emprunter un chemin de terre. Il n’y a pas de routes dans cette partie la plus pauvre de la communauté; on n’y trouve que des chemins de terre qui serpentent entre de minuscules maisons sur une colline. Du sommet de la colline, on voit le chemin vers un dépotoir, où des résidents travaillent toute la journée à ramasser des matières recyclables pour un salaire d’un dollar américain par jour.

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Les maisons génèrent du travail pour les entrepreneurs locaux : ils supervisent les travaux de construction, de plomberie et d’électricité. Chaque maison comprend une cuisine, un salon, deux chambres à coucher et une salle de bains rudimentaire, et couvre une superficie d’environ 700 pieds carrés. La première maison était destinée à une famille de huit personnes. Yeseli vit avec son mari Willy et leurs filles, dont l’une, Merica, a deux enfants : Javier, un tout-petit, et Jasmine, un bébé.

Merica a 17 ans et est en huitième année. « J’aime dessiner et cuisiner, dit-elle par l’entremise d’un traducteur lorsqu’on lui demande ce qu’elle veut faire dans la vie. J’aimerais être boulangère-pâtissière. » Merica vit sous le même toit que sa mère Yeseli et ses plus jeunes sœurs, ainsi que son grand-père et son oncle. Willy, le mari de Yeseli, a dû traverser la frontière pour aller en Haïti, son pays natal, afin de subir une intervention pour une hernie, que ses proches là-bas ont aidé à payer. (Les Haïtiens sont généralement traités comme des citoyens de seconde zone en République dominicaine.)

La famille vivait dans une maison vétuste qui fuyait comme une passoire. Une des deux chambres à coucher ne pouvait tout simplement pas être utilisée. À l’exemple de nombreuses familles, les occupants devaient faire sécher les matelas à l’extérieur après de fortes pluies. Pour beaucoup d’habitants de cette ville, il est même difficile de trouver de la nourriture pour tout le monde chaque jour. Les gens veillent toutefois les uns sur les autres, les pauvres aidant leurs voisins encore plus pauvres.

Julio, qui vit à proximité, était un homme actif et productif à son époque. Il est l’homme à tout faire de la communauté ainsi qu’un pompier volontaire et un conteur pittoresque. Maintenant âgé de 79 ans, il souffre d’une hernie depuis quelques années. Quelques jours avant l’arrivée des bénévoles de Live Different, il a finalement été opéré et logeait dans un abri temporaire. « Ma vieille cabane a été démolie rapidement, dit-il. Ma maison n’était vraiment pas solide, car il n’a fallu que quatre personnes pour la détruire. »

Pendant la construction, les bénévoles passent sept heures par jour à préparer à la main de la mezcla, c’est-à-dire un mélange de ciment, à traîner des blocs de béton et à tordre des barres d’armature ensemble. Si quelqu’un ne prend pas le temps de s’arrêter pour boire de l’eau sous le soleil brûlant, le personnel le lui rappelle gentiment. Les enfants jouent parmi les gens jusqu’à ce qu’ils dérangent et qu’une figure d’autorité leur dise de partir. L’entrepreneur est le responsable; les travailleurs locaux commencent habituellement les maisons et les finissent si le temps manque, sans compter que d’autres membres de la communauté donnent souvent un coup de main.

Après une journée de repos, tout le monde revient sur place pour l’attribution des maisons et la remise des clés. Des discours sont prononcés, des larmes coulent et une famille de plus retrouve un sentiment de sécurité et d’espoir. La fille de Julio et son bébé peuvent de nouveau s’installer avec lui maintenant que la maison est prête. La vieille structure en bois ne convenait pas à une femme enceinte, car tout ce qui est en bois finit par être détruit par les termites. « Après Dieu, c’est la chose la plus importante que je peux avoir dans ma vie, a déclaré un Julio ému en s’asseyant sur le lit de sa nouvelle demeure. C’est ce qu’il y a de mieux au monde pour moi. »

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Une partie des fonds affectés à la construction provenait de l’héritage de Valerie laissé par sa mère britannique, Eileen Jackson. Les deux maisons construites lors de ce séjour dans la communauté de La Union portent les initiales ELJ en hommage à la mère de Valerie. « Ma mère m’a soutenue lors de la construction de ma première maison en 2016, dit-elle. Elle a payé les nouvelles serviettes et les nouveaux draps remis à la famille. Je lui ai montré des photos de notre projet de 2016 peu avant son décès, survenu en juin de la même année. Je lui ai dit que je retournerais en République dominicaine et elle m’a demandé ce qu’elle pouvait faire pour me soutenir. Ainsi, chaque nouvelle maison que je construirai à l’avenir sera livrée à la famille avec des serviettes et des draps. »


Journaliste à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador, Peter Jackson est le cousin de Valerie Pippy.


 

Cet article est extrait du bulletin Stratégies de Conseillers T.E., édition de juin 2018. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet en format PDF.

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