Sept choses à faire avant d’accorder un prêt

Prêter de l’argent à un membre de la famille ou à un ami est un beau geste. C’est une pratique qui gagne en popularité partout en Amérique du Nord. Selon la plus récente enquête de la Réserve fédérale américaine sur les finances des consommateurs, aux États-Unis, les emprunts auprès d’un membre de la famille ou d’un ami s’élèvent à 89 milliards de dollars américains. Au Canada, un sondage mené par Abacus Data a révélé qu’un tiers des adultes interrogés ont déjà emprunté de l’argent à un parent ou à un ami, que ce soit pour payer leurs études universitaires, verser la mise de fonds pour acheter une maison, régler une dépense imprévue ou boucler le mois.

Toutefois, est-ce une bonne idée de prêter de l’argent à un proche? Aider quelqu’un dans le besoin est un geste louable, cela va sans dire, mais il est toujours assez risqué d’établir une relation d’argent avec un parent ou ami. Une entente financière avec un proche change inévitablement la relation… et pas toujours dans le bon sens! Si un prêt n’est pas remboursé, cela peut créer des frictions, fragiliser une amitié ou perturber la dynamique familiale. Les relations peuvent s’en trouver irrémédiablement endommagées.

Heureusement, vous pouvez prendre des mesures pour que, si vous prêtez de l’argent à quelqu’un que vous connaissez personnellement, cet argent soit remboursé sans que personne n’ait à se plaindre de quoi que ce soit. Samuel Chinniah est vice-président principal, Family Office chez Conseillers T.E. Il conseille régulièrement ses clients sur les choses à faire et à ne pas faire en matière de gestion de patrimoine, de planification successorale et de préparation à la retraite. Inévitablement, on l’interroge sur la meilleure marche à suivre pour prêter de l’argent à un membre de la famille ou à un ami. Nous vous présentons ses recommandations, qui sont le fruit d’une longue expérience.

1. Interrogez-vous sur l’emprunteur

Tout d’abord, interrogez-vous sur celui ou celle qui demande le prêt. Est-ce que vous connaissez bien cette personne? Vous a-t-elle déjà demandé de l’argent? Est-ce qu’elle vit constamment au-dessus de ses moyens? Si vous lui prêtez de l’argent cette fois-ci, est-ce qu’elle vous sollicitera à nouveau? Enfin, peut-être la question la plus importante : est-elle digne de confiance? Pour décider si ce prêt est une bonne idée, la première chose à faire est d’examiner la personnalité de l’emprunteur.

« Soutenir une personne en difficulté est toujours une bonne chose, affirme M. Chinniah. L’ennui, c’est que certains vivent toujours au-dessus de leurs moyens. Demandez-vous si la personne a tendance à faire des achats inconsidérés. La dernière chose que vous souhaitez, c’est devenir complice de son comportement ».

2. À quoi est destiné cet argent?

Ensuite, réfléchissez à l’utilisation qui sera faite des fonds prêtés. Est-elle en accord avec vos valeurs? M. Chinniah explique que cela vous aidera à décider si vous souhaitez prêter ou non de l’argent.

« Si vous pensez que ce projet mérite d’être encouragé, alors c’est probablement le cas ». Pour certains, entreprendre des études ou démarrer une entreprise est un beau projet; pour d’autres, aider un membre de la famille à se procurer un véhicule ou acheter de l’équipement est une démarche utile. Il est important d’être à l’aise avec ce prêt. Si vous avez des réserves, le prêt ne correspond probablement pas à vos propres valeurs.

3. Attention aux signaux d’alarme

Au moment d’accorder ou non un prêt à un parent ou ami, il y a souvent des signaux d’alarme visibles pour ceux qui choisissent de les voir. Bien souvent, si on se tourne vers la famille ou les amis pour obtenir un prêt, c’est parce que l’on n’a pas pu obtenir un prêt traditionnel auprès d’une banque. Souvent, ceux qui cherchent à emprunter ainsi l’ont déjà fait. M. Chinniah conseille de porter attention aux « récidivistes », à ceux qui ont l’habitude d’emprunter de l’argent à la famille ou aux amis. Soyez sur vos gardes si l’emprunteur a des antécédents d’investissements malheureux, d’entreprises hasardeuses ou autres combines. Même chose si la personne a emprunté de petites sommes jusqu’ici et vise maintenant des montants plus élevés.

« Le comportement passé est généralement un bon indicateur du comportement futur, estime M. Chinniah. Vérifiez le dossier de crédit de l’emprunteur pour connaître son niveau d’endettement actuel et sa cote de crédit. Il faut être vigilant. »

4. Rédigez une entente de prêt

Les ententes de prêt verbales entre amis ou parents peuvent être risquées pour plusieurs raisons. Il peut arriver que les attentes relatives au remboursement ne soient pas clairement communiquées et les modalités d’une entente verbale sont sujettes à interprétation. C’est pourquoi M. Chinniah recommande de toujours rédiger une entente de prêt et d’en préciser clairement les modalités. Vous pouvez également faire établir un billet à ordre, qui est un document juridique signé contenant une promesse écrite de payer une somme à une personne désignée, sur demande ou à une date déterminée.

« Il est important de traiter un prêt comme une entente d’affaires, même s’il s’agit d’un membre de la famille ou d’un ami intime, conseille M. Chinniah. Attention aux promesses verbales. Ne laissez pas les choses au hasard. Mettez les modalités du prêt par écrit ».

5. Exigez des intérêts

« S’il n’y a pas de prix à payer, il n’y a pas d’engagement », affirme M. Chinniah. C’est pourquoi il est conseillé de prélever des intérêts sur tous vos prêts personnels. Si vous ne demandez pas d’intérêts, la personne qui reçoit le prêt pourrait avoir l’impression que vous ne prenez pas l’entente financière au sérieux et pourrait de son côté prendre l’emprunt à la légère. Lorsque des intérêts sont prélevés, l’emprunteur sait que le non-remboursement du prêt entraîne des frais.

« Si vous exigez des intérêts, l’emprunt sera traité avec sérieux, explique M. Chinniah. Prenons l’exemple des factures mensuelles. La plupart des gens donnent la priorité aux factures assorties de la pénalité la plus lourde, c’est-à-dire du taux d’intérêt le plus élevé. Vous réglez probablement vos soldes de cartes de crédit en priorité à cause de leur taux d’intérêt élevé. Ce taux fait en sorte que vous prenez le solde d’une carte de crédit au sérieux ».

N’oubliez pas que si vous demandez des intérêts sur le prêt, vous devrez les ajouter à votre déclaration de revenus. Une fois par trimestre, le gouvernement du Canada publie un taux prescrit, qui peut servir de référence.

M. Chinniah ajoute que vous pouvez rembourser les intérêts à l’emprunteur, mais pas avant que le capital ait été entièrement remboursé. Vous pouvez lui reverser les intérêts payés une fois l’emprunt remboursé, en guise de remerciement.

6. Déterminez si vous pouvez vous permettre de perdre l’argent que vous prêtez

Une des dernières questions à vous poser avant d’accorder un prêt est la suivante : puis-je me permettre de perdre l’argent que je prête à ce proche? Si le prêt n’était jamais remboursé, seriez-vous toujours à l’aise, financièrement? Lorsqu’un bien, par exemple une maison ou un véhicule, est affecté en garantie, le prêt est généralement plus sûr qu’un prêt consacré à des choses intangibles comme le paiement de frais de scolarité ou de vacances. Votre propre situation financière doit faire partie de l’équation.

« Si vous ne pouvez pas vous passer de cet argent, ne le prêtez pas », recommande M. Chinniah.

7. Préservez la relation personnelle

Enfin, veillez à protéger le lien que vous avez tissé avec cette personne. Ne laissez pas l’argent causer des dégâts irréparables à une relation qui vous est chère. En définissant des attentes claires, en mettant noir sur blanc les modalités du prêt, en imposant des intérêts et en réfléchissant à la personnalité de l’emprunteur et à l’utilisation qui sera faite des fonds prêtés, vous pouvez préserver cette relation qui existe entre vous et la personne à qui vous avez prêté de l’argent. Plus important encore : ayez le courage de décliner une demande de prêt, même si elle émane d’un membre de la famille ou d’un ami.

« Le plus gros risque est la perte d’une relation, prévient M. Chinniah. L’argent a le pouvoir d’altérer les relations. Une entente de prêt peut créer des frictions et altérer la relation de façon permanente. Je recommande à tout le monde de prendre des mesures pour éviter que cela se produise. Le jeu n’en vaut pas la chandelle ».


Joel Baglole est un journaliste financier pigiste.

Cet article est extrait du bulletin Stratégies de Conseillers T.E., édition de juin 2019. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet en format PDF.

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