Rêver de voile : le périple d’un couple autour du globe

 

Ce n’est pas où vous vivez qui compte le plus, mais plutôt comment vous vivez. Voilà le message de John et de Cheryl Ellsworth qui, pendant 10 ans, ont accompli un incroyable périple au cours duquel ils ont visité au-delà de 60 pays. Si jamais vous rêvez de faire comme eux, vous devez savoir certaines choses. John nous raconte leur histoire.

Conseillers T.E. : D’où vient Sea Mist, le nom de votre voilier?

John Ellsworth : Cheryl, l’esprit créatif de notre couple, a proposé « Magical Mystery Tour ». Je penchais davantage pour des noms plus pratiques qui pouvaient être facilement compris dans les communications radio, un impératif quand on sillonne les eaux étrangères et qu’on entre dans les ports pour se soumettre aux formalités de l’immigration et des douanes ainsi qu’aux mesures de quarantaine. Des noms formés de deux ou trois syllabes étaient donc préférables. Nous devions également trouver un nom assez facile à épeler phonétiquement et pouvant être compris par des non anglophones à la radio.
Nous avons donc arrêté notre choix sur Sea Mist. Nous avons ensuite vérifié si d’autres bateaux dans le monde portaient ce nom et n’avons rien trouvé. Nous en étions là, avec en main un nom reconnu officiellement par les autorités des îles Vierges britanniques, lorsque nous avons enregistré le Sea Mist sous le pavillon des BVI. Étonnamment, de nombreux anglophones rencontrés ne connaissaient pas le mot « mist »… Je suppose qu’ils n’avaient jamais vu le brouillard de la baie de Fundy.

T.E. : Qu’est-ce qui vous a incités à entreprendre ce périple et sur quelles bases avez-vous choisi vos destinations?

J.E. : Dans la trentaine, avec un enfant de deux ans et un deuxième en route, j’ai fréquenté à temps plein l’Université McGill où j’ai obtenu un baccalauréat en génie et une maîtrise en administration des affaires. Ce diplôme m’a permis d’offrir des services de conseil en gestion à des dirigeants d’importantes entreprises d’envergure mondiale et, bien sûr, de beaucoup voyager partout dans le monde. Heureusement, Cheryl a pu m’accompagner lors de certains de ces longs voyages et, ensemble, nous nous sommes de plus en plus intéressés aux différentes régions et cultures que nous découvrions. Cet appétit pour les voyages nous a amenés à envisager la retraite comme une occasion d’explorer des contrées lointaines sans nous presser, et sans les tracas habituels qui accompagnent les séjours plus courts.
Nous aimions l’idée de ne pas avoir à fréquenter les aéroports et les hôtels ou à retourner vivre dans une maison qui aurait exigé notre attention constante. Le passage à la vie en mer était animé par ces désirs et ces paramètres. Nous n’avons pas dressé une liste précise de destinations et ne voulions pas faire le tour du monde à la hâte. Nous avons plutôt choisi de vivre 10 années en mer.
Nous voulions que notre périple soit dicté par des expériences positives et intéressantes, sans pour autant ignorer les saisons et les itinéraires établis par ceux qui savent comment et quand traverser les océans. Ainsi, si nous aimions les gens et un lieu dans un pays ou une région en particulier, nous pouvions y rester pendant des mois ou plus d’une année. Si un endroit ne nous plaisait pas, nous pouvions reprendre la mer en quelques jours ou en quelques heures. Voilà comment s’est déroulé notre voyage dans plus de 60 pays.

T.E. : Comment vous êtes-vous préparés financièrement avant votre départ?

J.E. : Nous avons vendu notre maison dans le New Jersey très rapidement en 2002, à une époque où le marché était favorable aux vendeurs. J’étais alors à trois ans de la retraite. Le déménagement a permis de libérer des fonds pour l’achat du voilier. Nous sommes passés d’une maison de sept chambres à coucher et de sept salles de bain à un appartement d’une chambre à coucher et d’une salle de bain, ce qui nous a obligés à nous défaire d’une grande partie de nos biens. Nous avons ensuite cherché des voiliers de haute mer potentiels et avons opté pour un Oyster 56 comme nouvelle maison flottante en 2003.

Nous avons utilisé l’ensemble de notre revenu de retraite pour souscrire des rentes à revenu fixe de façon à ne pas avoir à nous préoccuper des marchés financiers et des cycles économiques mondiaux. Nous avons laissé la production de nos déclarations de revenus entre les mains de nos conseillers de longue date de Conseillers T.E. Nous avons aussi vendu nos meubles et nos automobiles et avons expédié ce que nous voulions pour notre vie en mer par conteneur du New Jersey à Ipswich, en Angleterre, où nous avons fait coïncider la construction du Sea Mist avec le début de notre retraite. De là, nous avons pris la mer en septembre 2005.

T.E. : Comment êtes-vous restés en contact avec vos amis et votre famille?

J.E. : Il n’a pas été vraiment difficile de rester en contact. Grâce au service de radio amateur BLU et au service de téléphonie satellitaire Iridium, nous avions accès aux prévisions météorologiques en temps réel et à Internet et pouvions communiquer de vive voix et par courriel. Nous disposions également d’une puissante antenne cellulaire qui permettait les appels d’aussi loin de la terre ferme que 15 milles nautiques (de 25 à 30 kilomètres). Lorsque nous étions plus près de la civilisation, nous avions recours aux cafés et aux services Internet sur le continent. Nous pouvions souvent y trouver des forfaits cellulaires assez abordables qui permettaient les communications vocales, par Internet, par Skype, etc.
Durant les premières années de notre périple, nous avions parfois du mal à obtenir des vitesses de transmission satisfaisantes, mais durant la seconde moitié, nous avons eu accès à de bons forfaits nous permettant d’utiliser des réseaux mondiaux. Comme nous mettions périodiquement à jour notre blogue, nos amis et notre famille pouvaient suivre nos péripéties, même lorsque nous avons passé près de deux semaines à traverser les eaux libres des océans Atlantique et Pacifique.

T.E. : Qu’est-ce qui vous a le plus manqué de la vie sur la terre ferme?

J.E. : La vie sur la terre ferme ne nous a pas vraiment manqué. Nous ne sommes pas du genre à regretter ce qui est derrière nous. Ça doit être dans notre nature, ce désir de savourer le présent et de regarder vers l’avenir. Nous avons essayé de rester en contact avec les personnes qui sont importantes pour nous, tout en nous investissant à cent pourcent dans de nouvelles amitiés et en tissant des liens avec d’autres membres de la communauté des marins de haute-mer.

Par contre, certaines activités, comme l’approvisionnement (trouver de la nourriture et d’autres produits de consommation, des pièces pour le voilier, etc.), nous ont certainement paru beaucoup plus laborieuses et compliquées. Pour faire nos provisions, nous devions mettre à l’eau notre canot pneumatique et trouver une place pour l’amarrer pour la journée. Nous devions ensuite louer une voiture en nous fiant au bouche-à-oreille et conduire sur une bonne distance, parfois pour nous rendre à plusieurs endroits, afin de trouver ce que nous voulions acheter. Une fois la voiture bien remplie, nous retournions à notre canot pneumatique et transportions tout de la voiture au canot, puis du canot au voilier, souvent en devant affronter des flots tumultueux. Nous déchargions ensuite le contenu du canot sur le pont du Sea Mist, en le remontant à l’aide du berceau à l’arrière de notre voilier, puis nous descendions tous les produits dans les aires d’entreposage inférieures. Il s’agissait de tout un changement par rapport à la vie sur la terre ferme où faire ses provisions est un jeu d’enfant.

T.E. : Avez-vous déjà été près de jeter l’éponge?

J.E. : Jamais! Nous avons conçu ensemble un plan d’immersion dans la vie en mer d’une durée de 10 ans et promis de le suivre, et nous n’avons jamais remis notre décision en question. La communauté des marins représente peut-être la partie la plus riche de l’expérience, car vous tissez des liens précieux qui se maintiennent bien au-delà des eaux où vous naviguez et même après votre retour sur la terre ferme. Nous n’avons jamais pensé à renoncer à la vie en mer. Nous avons simplement réévalué nos plans quant à notre prochaine destination.

T.E. : Votre périple vous a-t-il coûté plus cher ou moins cher que ce que vous pensiez?

J.E. : Les frais engagés au cours de ces 11 années ont avoisiné ce que nous avions prévu, exception faite des frais occasionnés par des variations majeures et inattendues des taux de change. Les frais annuels les plus importants étaient associés à l’assurance pour le voilier et à l’assurance maladie privée. Durant les premières années, lorsque nous naviguions en Europe, nous avons connu les coûts les plus élevés au chapitre des achats quotidiens et du carburant diesel. À titre d’exemple, nous déboursions plus de 1,60 euro par litre à une époque où le taux de l’euro par rapport à celui du dollar américain oscillait entre 1,50 et 1,60. Ces années nous ont coûté cher!

Il semble également que nous avons réussi à choisir la période la plus chère pour visiter d’autres pays, car nous étions en Australie en 2011-2012 alors que le dollar australien se négociait à près de 1,10 dollar américain. Nous avons eu notre premier « répit » au cours de nos trois dernières années en Asie du Sud-Est lorsque le ringgit malaisien, le baht thaïlandais et d’autres devises de la région (Laos, Vietnam, Chine et Myanmar) ont atteint un creux historique, réduisant considérablement le coût de la vie.

T.E. : Comment vous êtes-vous préparés à retourner à la vie sur la terre ferme?

J.E. : Les expériences d’autres amateurs de voile nous avaient appris que la vente de notre bateau pouvait très bien prendre deux ans. Notre plan initial de 10 ans comprenait donc la période nécessaire à la mise en vente du voilier et à la conclusion de la vente elle-même. À l’approche de la fin de notre périple, nous nous sommes beaucoup plus concentrés sur l’organisation de notre départ du Sea Mist que sur la préparation de notre retour sur la terre ferme.

Notre voilier constituait notre bien le plus précieux, et nous devions planifier le lieu et le moment de la vente et décider de la remise en état requise pour maximiser l’attrait commercial du bateau et le produit de la vente. En même temps, nous adorions la vie en Asie du Sud-Est et le plaisir que nous avions à découvrir les particularités de cette région nous a incités à prolonger d’une année notre périple de 10 ans avant de mettre le Sea Mist en vente.

Nous pensions que cela nous mènerait plus à 13 ans avant la réalisation de la vente et que nous disposerions alors des fonds pour entreprendre notre vie sur la terre ferme. Ces deux années nous donnaient beaucoup de temps pour évaluer nos options en matière de lieu de résidence et d’hébergement, par exemple. Nous savions que nous avions la souplesse nécessaire pour traverser ces années, car j’étais propriétaire, conjointement avec mes trois sœurs, d’une maison en bois rond dans la baie de Fundy au Nouveau-Brunswick, où nous pouvions nous installer après notre départ du Sea Mist. À notre retour au port d’Ipswich en Angleterre, en mai 2016, toute une surprise nous attendait : nous avons eu la chance de vendre le Sea Mist quelques semaines seulement après notre arrivée.

Nous sommes revenus au Canada avec suffisamment d’argent en poche pour acheter un nouveau toit et pour louer une résidence temporaire confortable le temps de chercher quelque chose de permanent. En raison de notre âge et de notre dépendance accrue à l’égard des soins de santé au fil des ans, nous savions que nous élirions domicile au Canada. Mais où?

Après avoir visité environ 25 propriétés riveraines situées dans les régions de Saint John et de St. Stephen au Nouveau-Brunswick, nous avons décidé de construire une nouvelle maison sur un terrain adjacent à la maison de mon enfance, que mon père m’avait légué en 1975. Cheryl n’avait pas les mêmes attaches que moi avec les environs, mais nous étions dorénavant tous deux très attirés par les paysages maritimes et l’accès aux berges. De plus, elle avait eu de nombreuses années pour imaginer la maison qui pourrait être construite, une maison dans laquelle nous serions bien tous les deux et qui serait accueillante pour notre famille et nos amis. La construction de notre nouveau domicile va bon train, et nous prévoyons pouvoir nous y installer en novembre.

T.E. : Quelle a été l’incidence de votre choix de style de vie sur votre situation financière à long terme?

J.E. : Nos finances au quotidien n’ont pas été beaucoup touchées, mais nous avons été frappés de plein fouet par la récession économique mondiale et encore plus par la forte volatilité des devises. Nous avons fait construire le Sea Mist au Royaume-Uni alors que la livre sterling valait plus de 1,90 dollar américain. Au moment de la vente du voilier, le taux était d’environ 1,29 dollar américain. Nous avons ainsi perdu le tiers de la valeur du bateau uniquement à cause de la fluctuation des devises. Pour empirer les choses, bien que la transaction dût se faire trois jours avant le vote du Brexit, elle a été conclue après, en raison d’une préoccupation légitime de l’acheteur australien. Le tout s’est soldé par une réduction de plus de 12 % de la somme en dollars canadiens réalisée par rapport à la valeur en dollars canadiens le jour où la vente a été effectivement conclue. Voilà ce qui a surtout affecté notre situation financière à long terme.

T.E. : À quel genre de personne la vie de marin plairait-elle?

J.E. : Naviguer en haute mer durant plusieurs années n’est certainement pas pour tout le monde. Cette vie pourrait vous convenir si vous…

  • êtes un aventurier dans l’âme et pouvez affronter des mers agitées loin de la terre ferme;
  • êtes très autonome et capable d’accomplir toutes les tâches d’entretien mécanique complexe qu’exige un voilier;
  • êtes naturellement porté à participer à la planification à long terme de tout, ce qui veut dire que vous êtes capable aussi bien d’organiser des repas que de comprendre et d’affronter les courants océaniques, les situations météorologiques touchant de vastes territoires et les aberrations locales;
  • pouvez rester seul pendant des semaines sans peut-être même voir un autre bateau alors que vous traversez les océans;
  • appréciez et respectez les cultures étrangères ainsi que leurs us et coutumes;
  • êtes attiré par les défis linguistiques dans les pays non anglophones et aimez manger de la nourriture très différente de celle qui figure aux menus des pays occidentaux.

Si ces choses vous tentent, vous devriez peut-être envisager d’expérimenter la vie en mer. Si, au contraire, rien de tout cela ne vous intéresse, oubliez ça!

T.E. : Quel est votre souvenir de voyage préféré?

J.E. : Nous classons nos souvenirs par catégories. Nous avons vécu nos plus belles expériences sous l’eau à Fakarava Sud dans les îles des Tuamotu de la Polynésie française, réputé pour la richesse de sa vie sous-marine et où nous avons pu nager avec les requins. Nous avons rencontré les gens les plus chaleureux et les plus amicaux dans les petites îles d’Indonésie. La façon dont ils nous ont accueillis dans leurs maisons et leurs villages, comme si nous étions des amis retrouvés, restera gravée dans notre mémoire. Nous avons peut-être trouvé ce qu’il y a de plus beau en matière de baies, de plages et de sentiers pédestres sur la côte sud de Minorque dans l’archipel espagnol des Baléares. Nous n’oublierons pas non plus nos souvenirs les plus effrayants : la menace toujours présente des crocodiles et des serpents en Australie. Et au chapitre de la nourriture, la cuisine thaïe figure en haut de notre liste.
Les souvenirs que nous chérissons le plus sont toutefois ceux des marins rencontrés, des merveilleuses expériences vécues et des liens étroits tissés dans la communauté de la voile. Bien que nous ayons cessé de parcourir les mers du monde, nous entretenons encore bon nombre de ces relations aujourd’hui.

 

Lucy Conte, Conseillers T.E., Toronto


Cet article est extrait du bulletin Stratégies de Conseillers T.E., édition de septembre 2017. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet en format PDF.

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