Commentaire d’investissement – Novembre 2013

Rééquilibrage des portefeuilles d’actions: trouver des aubaines dans les marchés aujourd’hui

La situation actuelle des marchés boursiers offre aux investisseurs un choix difficile. Cette année, les actions américaines se sont envolées et ont établi des records absolus, tandis que les valeurs européennes ont récemment dépassé des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis 2008. Même les actions canadiennes, qui étaient à la traîne des marchés étrangers, ont atteint leur plus haut niveau depuis deux ans à la fin du mois dernier. Si le principe de base en matière d’investissement peut se résumer à « acheter lorsque les marchés sont en baisse et vendre lorsqu’ils sont en hausse », il semblerait, à premier vue, que les performances récentes des marchés boursiers offrent peu de possibilités de mettre en œuvre ce principe.

Et si vous deveniez un investisseur en quête d’actions « sous-évaluées »? Vous vous souvenez peut-être que nous avons parlé plus tôt cette année de la stratégie de placement axée sur la valeur, qui consiste à repérer les entreprises s’échangeant à un cours inférieur, que ce soit par rapport à leurs cours passés ou par rapport aux cours d’entreprises comparables. Le ratio cours/bénéfice constitue l’outil le plus usité dans ce domaine. Toutefois, dans un contexte où les marchés évoluent à des niveaux jamais enregistrés depuis plusieurs années, et ce, en dépit d’un ralentissement de la croissance des bénéfices, les ratios cours/bénéfice ont atteint des valeurs amenant certains observateurs à se demander si les actions ne sont pas aujourd’hui surévaluées.

Bien évidemment, le ratio cours/bénéfice standard pris isolément peut s’avérer trompeur. Benjamin Graham, considéré comme le père du placement axé sur la valeur, a observé que de courtes périodes de bénéfices inhabituels, qu’ils soient exceptionnellement bons ou très médiocres, pouvaient se répercuter sur le ratio cours/bénéfice d’une action. C’est pourquoi il a proposé d’utiliser un ratio prenant en compte les capacités bénéficiaires d’une entreprise durant un cycle économique complet. À notre époque, Robert Shiller – l’un des trois chercheurs à avoir reçu le prix Nobel d’économie le mois dernier – s’est appuyé sur la vision de Graham pour élaborer le « ratio cours/bénéfice ajusté en fonction du cycle », communément appelé ratio CAPE (Cyclically Adjusted Price to Earnings). Cet indicateur lisse la volatilité du ratio cours/bénéfice en rapportant la valeur des actions au bénéfice moyen, corrigé de l’inflation, sur les 10 dernières années.

Il est intéressant de noter que sur les marchés boursiers américains, le ratio CAPE a démontré une certaine capacité à prédire les rendements futurs. À l’image des deux extrémités d’un levier, lorsque la mesure est supérieure à la moyenne, les rendements de l’année suivante auront tendance à baisser. Le ratio CAPE ne saurait être utilisé comme un indicateur prédictif de mouvements à court terme; en revanche, sur des périodes d’au moins 10 ans, la corrélation inverse entre le ratio CAPE de départ et les rendements est particulièrement forte.

Le graphique ci-dessus décrit les résultats d’une étude récente réalisée par Wellershoff & Partners, société spécialisée en recherches économiques. L’analyse mise en œuvre a permis de déterminer qu’un point de croissance du ratio CAPE, par exemple une évolution de 18 à 19, conduisait à une baisse de 3 % du rendement réel annuel sur les 10 années suivantes. Dans un contexte où le ratio CAPE des actions américaines se situe au dessus de sa moyenne à long terme, avec un niveau actuel de 24 par rapport à une moyenne de 18,7 sur les 40 dernières années, l’étude anticipe un rendement annuel corrigé de l’inflation se limitant à 2,52 %. Au Canada, le ratio CAPE des valeurs canadiennes s’établit aujourd’hui à 17,9 contre 19,2 en moyenne sur les 40 dernières années. On s’attend donc à ce que les actions canadiennes offrent des rendements supérieurs à la moyenne sur la base d’un rendement annuel corrigé de l’inflation de 4,17 % au cours des 10 prochaines années. Il est intéressant de noter que ce sont les marchés boursiers européens et émergents qui offrent les occasions de placement les plus fructueuses si l’on en croit les capacités prédictives du ratio CAPE. Avec un ratio CAPE de 13,8 et 12,7 respectivement, ce sont bien ces marchés qui présentent les meilleures occasions pour « acheter lorsque les marchés sont en baisse et vendre lorsqu’ils sont en hausse ».

Cependant, en dépit des améliorations qu’il présente par rapport au ratio cours/bénéfice traditionnel, le ratio CAPE pris isolément peut, lui aussi, conduire l’investisseur à des conclusions erronées. S’il est vrai qu’il s’avère relativement efficace pour resituer les cours actuels dans un contexte historique, le ratio CAPE ne saurait, seul, constituer un indicateur suffisamment fiable pour prévoir l’évolution du marché. On constate par exemple qu’en dépit du fait que leur ratio CAPE dépassait 26 en 2004, les actions américaines ont continué de s’apprécier de plus de 40 % avant de subir une correction en 2008. Il n’en demeure pas moins que les constatations de cette étude sont conformes à l’intuition. Elle démontre qu’en matière de placement, les points d’entrée s’avèrent souvent un paramètre déterminant. En gardant cette perspective à l’esprit, on peut estimer qu’en dépit du fait que les marchés mondiaux battent actuellement des records, il existe encore de nombreuses possibilités pour construire un portefeuille mondial diversifié. Voilà donc une autre raison qui explique pourquoi T.E. Mirador continue de croire aux vertus du rééquilibrage de portefeuille.

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