Qu’est-ce qui nous empêche d’améliorer nos connaissances financières?

Pour la plupart des gens, il n’y a sans doute rien de plus assommant que d’assister à un séminaire sur les finances personnelles. Et pourtant… Si vos connaissances financières sont limitées et si vous n’avez pas de planificateur financier, vous manquez probablement des occasions de vous enrichir sans le savoir.

Selon une étude menée conjointement par le Conseil des normes de planification financière (FPSC) et la Fondation pour la planification financière, les Canadiens qui décident de s’engager activement dans la planification de leurs finances ressentent un bien-être financier et émotionnel nettement supérieur à ceux qui planifient peu ou pas du tout. Si vous connaissez mieux les options qui s’offrent à vous, vous pourrez choisir celles qui vous aideront à réaliser vos objectifs financiers plus efficacement.

Malgré l’abondance des sources d’information (gratuites et payantes) conçues pour sensibiliser ou conseiller les Canadiens sur les questions financières, la plupart d’entre nous ne les utilisent pas autant qu’il le faudrait (ou pas du tout). Pourquoi?

Là, vous pensez sans doute que je vais vous dire de vous activer et de cesser de procrastiner! Ce n’est pas si simple. Il existe des barrières bien réelles qui nous empêchent de parfaire nos connaissances financières. Elles reposent sur des perceptions erronées inconscientes et sur des influences démographiques. La liste ci-dessous n’est absolument pas exhaustive, mais elle présente certains des éléments dissuasifs les plus courants dans ces deux domaines.

Travers de comportement

Les travers de comportement, qui reposent sur des perceptions et non sur de véritables connaissances, peuvent faire obstacle à la littératie financière. La manière dont nous percevons les services financiers et les fournisseurs de services financiers peut nous empêcher de participer davantage au processus de planification financière. Une étude menée conjointement par la Society of Actuaries et The Financial Literacy Group présente plusieurs travers de comportement qui empêchent les gens de s’intéresser davantage à la planification financière. Nous vous présentons trois des travers de comportement les plus répandus.

Manque de connaissances

Le seul fait de ne pas posséder les notions financières de base peut empêcher les gens d’améliorer leurs connaissances ou de solliciter des conseils financiers. Quelqu’un qui ignore l’importance de la planification financière risque de sous-estimer les avantages que l’on retire à faire appel à un planificateur. Cette personne sera donc moins portée à s’informer sur les produits financiers qui pourraient l’aider à réaliser ses objectifs financiers.

Aversion pour l’incertitude

On peut se sentir dépassé par le jargon financier et les gens peuvent être embarrassés par leur manque de connaissances financières, ce qui peut faire en sorte qu’ils n’osent pas tout dire lorsqu’ils rencontrent des experts financiers. Cela peut même les dissuader de solliciter de l’aide professionnelle, ce qui pourrait limiter leur capacité à acheter une maison, à financer les études de leurs enfants ou à s’offrir une retraite confortable. En économie comportementale, cette attitude est connue sous le nom d’« aversion pour l’incertitude » (on parle aussi du « principe d’ambiguïté ») : les gens ont tendance à fuir ce qu’ils ne comprennent pas.

Une personne qui ne possède pas les connaissances financières appropriées risque de payer des frais excessifs, ou même de s’exposer à une fraude.

Plus grave encore, une personne qui sollicite des conseils alors qu’elle ne possède pas les connaissances financières appropriées risque de payer des frais excessifs, ou même de s’exposer à une fraude. Il en résulte donc une barrière supplémentaire : la méfiance à l’égard des fournisseurs de services financiers.

Méfiance

Comme nous accordons généralement plus de crédit à nos proches, amis et collègues qu’à un inconnu, il nous arrive de les consulter alors que ce n’est pas toujours judicieux, comme dans le cas des finances personnelles. Bien entendu, vous pouvez demander à votre tante Josée le nom de son planificateur financier, mais n’allez pas lui demander des conseils en placements boursiers simplement parce que ses actions d’un producteur de plantes médicinales se portent à merveille actuellement.

Vous pouvez vérifier que vous avez affaire à un professionnel agréé, qui est tenu de suivre de la formation continue et de respecter des normes d’éthique. Assurez-vous que la personne est bien inscrite auprès de l’organisme compétent, comme l’IQPF (ou le FPSC à l’extérieur du Québec) dans le cas d’un planificateur financier ou l’autorité des valeurs mobilières de votre province ou territoire dans le cas d’un conseiller en placements. Demandez-lui de vous fournir des références de ses clients. Vous craindrez ainsi moins de recevoir des conseils qui ne servent pas vos intérêts.

Ne vous laissez pas influencer par les histoires à sensation dans les médias ou les mauvaises expériences qui circulent de bouche à oreille (l’exception, et non la règle), car vous risqueriez de rater des occasions d’en apprendre plus sur les façons de bonifier votre capital-retraite, comme les stratégies de placement et de réduction de l’impôt.

Lorsqu’on compare les résultats objectifs de ceux qui enrichissent leurs connaissances financières et qui font appel à un planificateur aux résultats de ceux qui ne le font pas, on constate qu’on peut faire disparaître tous ces travers de comportement et la valeur de la démarche devient évidente.

Influences démographiques

Si les travers de comportement sont de nature interne, les influences démographiques constituent des barrières externes. Certains groupes peuvent avoir un accès plus limité aux connaissances financières du fait de leurs circonstances de vie, peu importe s’ils s’intéressent au sujet ou pas. Les études de Statistique Canada montre que le bien-être financier peut être influencé par des marqueurs démographiques, dont les plus courants sont notamment les revenus, le sexe de la personne et l’immigration.

Revenus

Une étude de Statistique Canada, intitulée Enquête canadienne sur les capacités financières (ECCF), révèle que le revenu a une incidence notable sur notre niveau de littératie financière. Généralement, les personnes qui ont un revenu élevé ont des connaissances financières plus approfondies, peut-être parce qu’elles ont un revenu disponible plus élevé, ce qui augmente leurs besoins en matière de services financiers. De plus, elles ont tendance à fréquenter ceux qui encouragent des comportements comme l’épargne et le placement.

Le revenu a une incidence notable sur notre niveau de littératie financière.

Les notes suivantes, attribuées à l’issue du questionnaire, montrent une corrélation entre le revenu annuel d’un ménage et ses connaissances financières :

  • Les ménages canadiens dont le revenu est inférieur ou égal à 67 000 $ ont obtenu une note moyenne de 62 %.
  • Les ménages canadiens dont le revenu est compris entre 67 001 $ et 95 000 $ (revenu médian) ont obtenu une note moyenne de 67 %.
  • Les ménages canadiens dont le revenu est supérieur à 95 000 $ (au-dessus de la médiane) ont obtenu une note moyenne de 71 %.

Ainsi, les Canadiens dont le revenu annuel dépasse 95 000 $ ont une note de littératie financière supérieure d’environ 10 points de pourcentage à celle des Canadiens situés dans la tranche de revenus inférieure. Comme les personnes situées dans les fourchettes de revenus supérieures ont généralement un niveau de scolarité plus élevé, le fait qu’elles possèdent de meilleures connaissances financières est peut-être dû à ce niveau d’études.

Rôles masculins et féminins

En matière de finances, les femmes sont confrontées à des défis différents de ceux des hommes. Puisque les Canadiennes peuvent espérer vivre environ 4,5 années de plus que les hommes, elles doivent financer une retraite plus longue. De plus, elles présentent des taux d’invalidité plus élevés que les hommes et elles pourraient engager des frais de soins de longue durée plus élevés à mesure qu’elles avancent en âge. L’épargne cumulative d’une femme peut être inférieure à celle d’un homme en raison des inégalités salariales entre hommes et femmes et du fait que sa vie active est plus courte. Les femmes ont davantage tendance à travailler à temps partiel que les hommes et à s’absenter du marché du travail pour prendre soin de personnes à charge. Ces barrières de genre accentuent le sentiment d’urgence en matière de littératie financière chez les femmes.

Les femmes sont confrontées à des défis différents de ceux des hommes.

Selon une étude réalisée en 2016 par Statistique Canada, qui s’appuyait sur les données de l’Enquête canadienne sur les capacités financières (ECCF), le sexe de la personne a une nette incidence sur la littératie financière. Lors d’une étude de 2014, 22 % des hommes ont répondu correctement à 5 des 14 questions portant sur les intérêts, l’inflation et la diversification des risques, contre seulement 15 % des femmes ayant répondu à ce sondage.

L’étude a également révélé que, dans les couples de sexe opposé où l’homme est le principal responsable de la situation financière à long terme du ménage, seulement 10 % des femmes ont répondu correctement aux cinq questions clés en littératie financière, contre 33 % des hommes. Cette différence de niveau de littératie financière a tendance à être plus prononcée chez les Canadiens plus âgés. Lorsque les deux conjoints sont responsables de la gestion des finances du ménage ou que la contribution de la femme au revenu du ménage est similaire à celle de son conjoint, il n’y a pas de différence entre les sexes en matière de connaissances financières. Conclusion : lorsque le niveau de scolarité et de revenu augmente, la littératie financière de ce groupe démographique s’améliore de façon marquée.

Immigration

Selon Statistique Canada, les immigrants récents continuent d’enregistrer des taux d’emploi inférieurs à ceux des Canadiens nés au pays, bien qu’on observe une diminution de cet écart depuis 1996. Outre la difficulté de trouver un emploi, de nombreux immigrants ont de la difficulté à comprendre et à éviter les pièges du crédit à intérêts élevés, des frais de service et d’autres questions financières parce qu’ils ne maîtrisent pas la langue et la terminologie propres au secteur canadien des services financiers. Cela fait donc d’eux des proies faciles pour les fournisseurs de services sans scrupules. Le taux d’emploi des immigrants et leurs revenus ont tendance à augmenter avec le niveau de scolarité.

Pour chacune de ces influences démographiques, on constate que les obstacles aux connaissances financières disparaissent lorsque le niveau de scolarité et les revenus augmentent. En général, un niveau de scolarité plus élevé correspond à un revenu supérieur, lequel accroît la nécessité d’un perfectionnement des connaissances financières et renforce la perception de la valeur de ces connaissances.

Par où commencer?

Lorsque vous serez prêt à découvrir le monde de la planification financière, sachez que vous avez une foule de ressources et d’experts financiers à votre disposition. Pour vous lancer, et si vous faites face à certains des obstacles traités ici, nous recommandons les deux ressources fiables et faciles d’accès ci-dessous.

  1. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) aide les Canadiens à rehausser leurs connaissances financières en les conseillant sur des questions comme le remboursement des dettes, l’établissement d’un budget et l’épargne, et elle les encourage à s’informer sur les produits et services financiers. Son site Web propose des articles, des conseils et des questionnaires rédigés dans un style accessible pour guider les utilisateurs dans le monde de la planification financière. Vous y trouverez notamment le Questionnaire d’auto-évaluation de la littératie financière, qui vous permettra de déterminer votre niveau de connaissance par rapport au Canadien moyen.
  2. Pour ce qui est des autres ressources fiables, sachez que certains employeurs proposent des programmes de formation ou de conseil sur les questions financières. Les sociétés qui offrent ces services sont généralement approuvées par les Ressources humaines de l’employeur, qui vérifie la qualité de leur réputation et s’assure qu’elles respectent les exigences des organismes de réglementation nationaux, provinciaux et territoriaux. Généralement, ces professionnels maîtrisent tous les aspects de la planification financière et peuvent vous aider à examiner l’ensemble de vos finances en ayant comme point de mire la réalisation de vos projets personnels et de vos objectifs de retraite.

Pour améliorer vos connaissances financières, vous avez aussi à votre disposition des jeux, des outils, des calculatrices en ligne, et une panoplie d’articles. Vous pouvez aussi vous inscrire à un dîner-conférence ou prendre rendez-vous avec un planificateur financier afin d’explorer les choix qui s’offrent à vous. Ce n’est vraiment pas aussi ennuyeux ou intimidant que vous ne le pensez. Vous pourriez même être surpris de découvrir à quel point vous aimez ça!


Cet article est extrait du bulletin Stratégies de Conseillers T.E., édition de décembre 2017. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet en format PDF.

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