Pourquoi voyager?

Il existe un vieux débat autour de la différence entre le touriste et le voyageur, qui repose sur l’argument suivant : le touriste, égocentrique et lourdaud, se tient près de la piscine et se plaint du service alors que le voyageur, avide de découvertes, sort des sentiers battus, plongé dans les pages d’un petit guide. Autrement dit, le voyageur est branché, pas le touriste. Comme le dit si bien Evelyn Waugh, l’auteur prolifique de récits de voyage, « Le touriste, c’est toujours l’autre ».

Pour moi, c’est un faux débat. Ce qui compte, c’est partir. Nous vivons dans une société qui a tendance à dédaigner le voyage, le percevant comme une énorme perte de temps, et chaque année, des millions de jours de congé ne sont pas réclamés. Le voyage semble être tombé aux mains des trois cavaliers modernes de l’apocalypse : le temps (en quantité insuffisante), les connexions (en surabondance) et la maladie du « dès que » (dès que j’aurai obtenu ma promotion, dès que j’aurai remboursé le prêt hypothécaire, dès que je serai à la retraite.)

Après 25 années passées à courir le monde en tant qu’écrivain et photographe, je crois profondément que le voyage est une force bienfaisante fondamentale. La route est une leçon d’humilité. Elle nous ramène à l’essentiel et nous rappelle que la planète est vaste, compliquée et riche dans sa diversité. Dans ce monde divisé, le voyage est source de compassion, il jette des ponts entre les gens de croyances, milieux et vécus différents. De par son caractère aléatoire et imprévisible, le voyage exige du courage et en procure. Tout ce processus magique nous rappelle la valeur élémentaire de l’amitié et de la famille et, ironiquement, il révèle d’une façon incomparable notre attachement à notre chez-nous et à notre communauté.

Le voyage est essentiellement une façon d’investir en soi-même, d’acquérir de la sagesse, des aptitudes, des connaissances, une perspective et de l’expérience.

Dans une société obnubilée par la surconsommation, rappelons que, selon des études scientifiques, vivre de nouvelles expériences a plus de chances de nous rendre heureux à long terme que l’achat de biens matériels.

Il est vrai que certains de mes voyages peuvent sembler extrêmes : de l’Everest à la péninsule arabique, en passant par l’Afrique et l’Extrême-Arctique. J’ai traversé l’Islande à pied et la Mongolie à cheval, longé la côte du Groenland en kayak de mer. Plus récemment, j’ai entraîné ma jeune famille dans un périple de 22 000 kilomètres, qui a duré six mois. Sans jamais prendre l’avion, nous avons quitté notre Colombie-Britannique à destination d’un monastère bouddhiste situé dans l’Himalaya supérieur, où nous avons vécu dans une petite pièce en terre, en compagnie du lama qui dirige le monastère. J’ai aussi passé de somptueuses semaines dans des chalets au Canada, fait la route des vins dans le bordelais et je retourne dans de grandes stations de ski année après année.

Si des décennies de pérégrination m’ont appris quelque chose, c’est que, peu importe la durée du voyage, peu importe que vous ayez l’air d’un touriste ou d’un voyageur, l’important est de se nourrir de cette expérience. Mon conseil : si vous avez un rêve, jetez-vous à l’eau. Ne réfléchissez pas trop. La vie est courte.

Si l’organisation de la prochaine escapade vous paraît compliquée, voici quelques conseils :

Prolongez votre séjour. En voyage, le temps est une richesse, alors prévoyez un séjour un peu plus long. Ne craignez pas de manquer quelque chose à la maison. À votre retour, vous constaterez invariablement que rien n’a changé.

Voyagez léger. Renoncez aux valises encombrantes et emportez le minimum. Tout ce dont vous pourriez avoir besoin, vous l’achèterez sur place et ces achats deviendront les souvenirs les plus précieux: un chandail en alpaga acheté en Équateur, un parapluie aux motifs haïdas.

Allez vers les gens. Nous sommes souvent attirés par les lieux emblématiques (l’opéra de Sydney, les temples d’Angkor Wat, la tour Eiffel). Pourtant, ce sont généralement les interactions avec les gens qui deviennent nos meilleurs souvenirs. Alors, ouvrez la porte à cette possibilité. Souriez. Soyez curieux. Apprenez à dire bonjour dans la langue locale.

Dépensez moins. Généralement, plus votre hébergement et vos repas coûtent cher, plus vous êtes coupé de la culture locale. Cela dit, il n’y a pas de mal à se gâter de temps en temps!

Soyez prudent, mais pas craintif. Le monde n’est pas dangereux en soi. Faites preuve de bon sens, suivez vos instincts et, en cas de doute, informez-vous auprès des habitués.

Planifiez moins. Résistez à la tentation d’un emploi du temps surchargé. Ralentissez et laissez le hasard vous guider. Prenez votre temps. Suivez vos envies. Explorez.

Essayez quelque chose de nouveau. Qu’il s’agisse d’un nouveau restaurant, hôtel, pays ou continent, c’est en sortant de sa zone de confort que l’on est souvent le plus récompensé.

Prenez le temps d’envoyer une carte postale. Tous les marchés, musées et boutiques de plage du monde entier vendent des cartes postales. Pourquoi ne pas en acheter quelques-unes et envoyer un mot à vos amis et à vos proches. Les petits gestes comptent… et je parie que vous n’avez jamais vu un courriel ou un message Facebook affiché sur une porte de frigo!


Bruce Kirkby est un aventurier, photographe et auteur canadien.


 

Cet article est extrait du bulletin Stratégies de Conseillers T.E., édition de septembre 2018. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet en format PDF.

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