Placement émotionnel, à la façon des milléniaux

Investir sur les marchés financiers, c’est un peu comme monter à bord de montagnes russes émotionnelles: difficile de garder son sang-froid et de faire des choix rationnels. Parfois, nous réussissons à nous convaincre que nous sommes infaillibles et que nous pouvons surpasser le marché en acceptant un niveau de risque plus élevé ou en vendant trop tôt, de peur de voir une action s’effondrer. Il est difficile pour les investisseurs d’évaluer la phase émotionnelle dans laquelle ils se trouvent, ce qui peut les empêcher de reconnaître le niveau de risque financier auquel ils s’exposent.

Figure 1: Le cycle émotionnel du marché – Source: Russell Investments, septembre 2017

Le cycle émotionnel du marché (voir la figure 1) peut nuire considérablement au bien-être financier d’un investisseur en l’incitant à ignorer les signaux d’alarme ou les preuves statistiques. C’est pourquoi il est très important de se doter d’un plan d’investissement diversifié à long terme et de s’y tenir. Le rôle d’un conseiller financier est crucial, ici, car ce dernier doit empêcher les décisions de placement impulsives et guider les investisseurs vers des décisions rationnelles. Un conseiller d’expérience sait l’importance d’une analyse objective en période de volatilité et peut aider à créer un portefeuille pour surmonter toutes les conditions de marché et tenir la distance.

« Soyez craintif quand les autres sont avides. Soyez avide quand les autres sont craintifs. »

– Warren Buffett

Sur le marché boursier, les émotions des investisseurs varient généralement entre deux extrêmes: la peur et l’avidité. Quand tout va bien, nous pouvons être tentés de vouloir toujours plus (avidité). Quand les choses vont mal, nous pouvons prendre des décisions radicales, sous le coup de l’émotion (peur). En se laissant gagner par la peur (celle de passer à côté d’une occasion ou celle d’une perte de placement), les investisseurs peuvent être entraînés dans le tourbillon de la spéculation et prendre des décisions de placement inconsidérées, pour se retrouver avec des résultats fâcheux. La bulle du bitcoin en est un bon exemple.

Au quatrième trimestre de 2017, le marché des cryptomonnaies, symbolisé par le bitcoin, voguait sur un océan d’euphorie. Le cours du bitcoin est passé de 6 000 $ à 20 000 $ en seulement quelques semaines, le pari étant que les grandes institutions seraient intéressées par les cryptomonnaies. Des commentaires dithyrambiques circulaient sur le bitcoin, ses partisans répétant inlassablement que la cryptomonnaie supplanterait la monnaie fiduciaire et deviendrait la principale monnaie mondiale. C’est là, quand les investisseurs se croient à l’abri de tout, que le risque financier se trouve à son point culminant. On dit souvent que si c’est trop beau pour être vrai, mieux vaut se méfier. Au début de 2018, le bitcoin a plongé et a perdu près de 80 % de sa valeur. Il n’a pas cessé de baisser depuis.

Figure 2: Sommets intrajournaliers du bitcoin – Source: Bloomberg, décembre 2018

L’éclatement de la bulle du bitcoin vient s’ajouter aux leçons des bulles précédentes. Pour les milléniaux, cette bulle financière typique a été un cours accéléré sur l’importance d’ancrer sa stratégie de placement sur une optique de long terme. Ont-ils pour autant retenu la leçon?

Malgré les faits, les milléniaux semblent avoir développé un engouement pour les cryptomonnaies et ce coup de cœur repose sur la confiance. Selon une enquête récente menée par eToro, près de la moitié des milléniaux font moins confiance au marché boursier américain qu’aux cryptomonnaies. L’effondrement de Lehman Brothers, déclencheur de la pire récession que nous ayons connue depuis la Grande Dépression, a fini d’anéantir le peu de confiance qu’il leur restait et marqué leur rupture avec les institutions monolithiques comme les bourses des valeurs traditionnelles et les grandes banques d’investissement.

Selon l’indice du potentiel de perturbation de la génération du millénaire, le secteur bancaire est le plus exposé à un bouleversement parce que 70 % des milléniaux préfèrent recourir aux services financiers de Google, Amazon, Apple et PayPal qu’à ceux des grandes banques. Ayant grandi à l’ère de la technologie, les milléniaux ont plus de facilité à se reconnaître dans les sociétés de technologie financière que dans les géants bancaires comme J.P. Morgan et Wells Fargo, qui continuent d’utiliser des plateformes plus anciennes, devenues bien moins attrayantes. Pour répondre aux besoins de cette génération technophile et progressiste, en âge de se marier, d’accueillir des enfants ou d’acheter une maison, les banques devront faire plus.

La génération du millénaire est de plus en plus vue comme celle qui investit selon ses convictions et, souvent, les causes sociales ou environnementales prennent le pas sur le gain financier. Les milléniaux cherchent à utiliser leurs émotions de manière constructive pour provoquer le changement au sein des marchés au lieu de le subir. Par conséquent, ils feront mentir le modèle du placement émotionnel.

L’étendue de leur pouvoir de perturbation reste à déterminer, mais une chose est sûre: leur méfiance à l’égard des institutions, du marché boursier, des organismes de réglementation et des entreprises se répercutera sur les marchés, d’une façon ou d’une autre.


Sameer Amin est analyste de la recherche au bureau de Conseillers T.E. à Toronto.

Cet article est extrait du bulletin Stratégies de Conseillers T.E., édition de juin 2019. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet en format PDF.

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