Portrait de Steven Belshetz

Les marchés boursiers se comportent-ils vraiment bien?

Ces jours-ci, l’attention générale se porte vers la performance exceptionnelle des marchés boursiers, comme en témoignent l’indice S&P 500 aux États-Unis et l’indice S&P/TSX au Canada, qui ont progressé de façon spectaculaire depuis leurs creux pandémiques du 23 mars. J’ai pensé qu’il serait intéressant, pour les investisseurs, d’examiner la situation en perspective. En effet, bon nombre d’entre vous se demandent pourquoi leurs portefeuilles de placements ne progressent pas au même rythme que les indices boursiers.

Il est important de comprendre que les indices sont élaborés en fonction de la valeur marchande des sociétés – plus une société est grande, plus elle influe sur la performance globale du marché. Commençons par l’indice S&P 500, qui sert fréquemment d’indice de référence pour les investisseurs en actions américaines. Cet indice est composé des 500 plus importantes sociétés cotées en Bourse aux États-Unis. Le tableau ci-dessous présente les cinq plus importantes sociétés de l’indice S&P 500 :

Société Capitalisation boursière (Billion de dollars) Pondération
dans l’indice
Rendement depuis
le début de l’année
($ US, au 10 août)
Croissance
des revenus
(Premier semestre de 2020 par rapport à celui de 2019)
Apple 1,93 $ 7,1 % 52 % 6 %
Microsoft 1,59 $ 5,9 % 31 % 14 %
Amazon 1,59 $ 5,9 % 68 % 34 %
Alphabet (Google) 1,03 $ 3,8 % 24 % 14 %
Facebook 0,74 $ 2,7 % 11 % 6 %
Total 6,88 $ 25,4 % 40 %  
Indice S&P 500 27,1 $ 100 % 4,5 %  

Source : Yahoo Finance

Les cinq sociétés les plus importantes représentent 1 % du nombre total des sociétés de l’indice, mais 25 % de la valeur de ce dernier et, fondamentalement, de son rendement. En fait, ces cinq sociétés représentent 10,74 % du rendement de l’indice S&P 500 depuis le début de l’année. Les 495 autres titres affichent donc un recul de 6,25 % depuis le 1er janvier.

Voici d’autres éléments à prendre en compte :

  • Si tous les titres de l’indice S&P 500 étaient équipondérés, le rendement de ce dernier serait de -3,5 %.
  • Seulement un tiers des titres de l’indice ont enregistré un rendement positif depuis le début de l’année.
  • Compte tenu de la croissance des revenus de ces sociétés, je vous laisse décider si la progression de leurs titres a été exagérée.
  • Lorsqu’on compare le rendement de l’indice NASDAQ, fortement pondéré en titres technologiques, à celui de l’indice général S&P 500, nous constatons que l’écart de rendement n’a jamais été aussi grand depuis 1999 – et nous savons tous ce qui s’est produit après l’éclatement de la bulle techno.

Ce que je tiens avant tout à souligner, c’est que, bien qu’il s’agisse d’excellentes sociétés, peu de gestionnaires de portefeuille (voire aucun) investiront 25 % de votre portefeuille d’actions américaines dans seulement cinq entreprises. Les portefeuilles sont habituellement mieux diversifiés dans l’ensemble des secteurs du marché. Même si cette situation a pu se traduire récemment par des rendements inférieurs à ceux du marché, un élément de risque a été éliminé du simple fait que les portefeuilles ne surpondéraient pas fortement les titres d’une poignée de sociétés technologies à rendement élevé.

Penchons-nous maintenant sur quelques difficultés liées au rendement sur le marché boursier canadien. Tout comme aux États-Unis, les gestionnaires d’actions canadiennes ont eu du mal à réaliser des rendements supérieurs à ceux du marché ces dernières années, et en particulier cette année. Shopify est le titre qui a le plus influé sur l’évolution de notre marché. Comme nous le savons tous, Shopify a ravi à la Banque Royale le titre du plus important titre de l’indice S&P/TSX. La société représente actuellement 7 % de la valeur totale du marché boursier canadien. Le titre a aussi influé sur le rendement global du marché canadien de la façon suivante :

Rendement de l’indice S&P TSX Avec Shopify Sans Shopify
Deuxième trimestre de 2020 17 % 13 %
Depuis le début de l’année, au 30 juin -7,5 % -11,3 %
Période d’un an terminée le 30 juin -2 % -7 %

Source : Yahoo Finance

Le tableau ci-dessus illustre l’effet de la performance de Shopify sur l’indice élargi. Les 299 autres sociétés composant le S&P/TSX ont inscrit des rendements sensiblement inférieurs à celui de l’indice.

Les gestionnaires d’actions canadiennes ont aussi éprouvé des difficultés en raison du redressement des titres aurifères attribuable à la hausse considérable du prix de l’or, conjugué au recul des titres énergétiques causé par l’effondrement des prix du pétrole en raison de la pandémie de COVID-19. N’importe quel gestionnaire d’actions canadiennes aurait du mal à surpasser le marché sans une pondération appréciable de Shopify et de l’or, ou une pondération neutre des titres de l’énergie.

Le tableau suivant compare les titres de la Banque Royale et de Shopify, en date du 17 août :

  Banque Royale Shopify
Capitalisation boursière 138 $G 162 $G
Rendement des capitaux propres (12 derniers mois) 15 % -5 %
Cours/bénéfice 12,5X s. o.
Cours/revenus 2X 40X
Rendement en dividendes 4,5 % 0 %
Rendement du cours depuis le début de l’année 2,5 % +161 %

Source : Yahoo Finance

Lorsque les gestionnaires d’actions analysent des titres, ils examinent diverses caractéristiques fondamentales des sociétés, notamment la croissance des bénéfices conjuguée à des mesures d’évaluation, afin d’effectuer des placements judicieux. De toute évidence, la Banque Royale, à l’instar de nombreuses autres sociétés fondamentalement solides, a été boudée et sous-estimée par les investisseurs boursiers depuis le début de l’année, et même depuis l’an dernier. En matière de placement, la patience est une vertu, et les gestionnaires qui font preuve de patience finiront par être récompensés lorsque les choses reviendront à la normale. Nous ne saurions dire quand cela se produira, mais par le passé, les sociétés robustes ont toujours fini par récompenser les investisseurs patients. Bref, avant de remettre en question la santé mentale des gestionnaires de portefeuille qui restent fidèles à des sociétés comme la Banque Royale, prenez du recul, faites preuve de patience et soyez convaincus qu’ils investissent vos avoirs prudemment.

Steven Belchetz, vice-président principal, Développement commercial et relations avec la clientèle
Conseils en placement privés CWB ltée

Les articles publiés dans ce site Internet sont de portée générale et présentés uniquement à titre informatif. Vous devez obtenir les conseils d’un professionnel avant d’entreprendre toute action fondée sur les informations contenues dans ces articles. Aucune référence à des tierces parties ne doit être interprétée comme une approbation de, ou un appui pour, ces tierces parties, leurs conseils, informations, produits ou services. Les marques de commerce mentionnées dans ce site Internet sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.

0 replies

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *