Les hauts et les bas du marché

Les hauts et les bas du marché

Au moment de tirer le rideau sur la pire décennie qu’ont connue les marchés boursiers depuis les années 30, vous vous demandez peut-être ce que l’avenir nous réserve. Beaucoup de gens se sont initiés aux placements au cours des 20 dernières années. Pratiquement tout le monde investissait à la Bourse dans les années 90; en 1999, plus de la moitié des ménages américains participait au marché des actions. Aujourd’hui, après une décennie de rendements faibles ou nuls, notre engouement pour les placements est-il en train de s’effriter? Si l’on en croit les dernières données publiées par l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC), le repli vers les fonds du marché monétaire qui s’est effectué en 2009 n’était que temporaire, puisque les placements dans les fonds à long terme ont bondi quand le marché a commencé à montrer des signes tangibles de reprise. Alors, quelle leçon pouvons-nous tirer des deux dernières décennies et en quoi nos décisions en matière de placement seront-elles différentes dorénavant?

Les hauts des années 1990

Au début de la décennie, alors que les investisseurs étaient encore hantés par le souvenir du crash boursier de 1987, le taux moyen des certificats de placement garanti de 5 ans était légèrement supérieur à 10 % et une profonde récession s’amorçait – rien de cela ne favorisait les placements en actions. Alors, comment se fait-il que les actions étaient si populaires à la fin de la décennie? Au Canada, les investisseurs ont sans doute été plus influencés par les rendements phénoménaux des actions américaines que par ce qui se passait sur nos propres marchés. Aux États-Unis, l’indice S&P 500 a connu une augmentation annuelle moyenne, en dollars canadiens, de 17,4 % dans les années 80 et de 20,8 % dans les années 90, tandis que l’indice S&P/TSX 300 a progressé de 12,2 % dans les années 80 et de 10,6 % dans les années 90. À mesure que les taux d’intérêt ont baissé, l’inflation a diminué et l’économie a repris de la vigueur pendant la deuxième moitié de la décennie – toute l’attention s’est alors portée sur le marché boursier. À la fin de la décennie, les journaux étaient remplis d’articles sur les nouveaux millionnaires des «point-com ». L’avenir appartenait à la technologie et à l’Internet et chacun voulait sa part du gâteau. Même si toute l’attention était centrée sur les actions (qui n’avait pas sur sa table de chevet le livre « Stocks for the Long Run »?), les obligations avaient des rendements plus ou moins équivalents à ceux des actions au Canada. Pendant les années 90,les portefeuilles équilibrés composés à 40 % d’actions et à 60 % d’obligations ont produit des rendements annuels moyens de 12 % en 10 ans, soit sensiblement le même rendement que les portefeuilles constitués uniquement d’actions.

Les bas des années 2000

Aujourd’hui, en 2010, les investisseurs canadiens ont obtenu pendant la dernière décennie un rendement annuel moyen de 5,6 % sur les actions canadiennes (grâce, Dieu merci, aux valeurs sûres de l’ancienne économie) et de 6,7 % sur les obligations, et ils ont essuyé une perte de 4,1 % sur les actions américaines. Au cours des 10 dernières années, le détenteur d’un portefeuille équilibré a dû se contenter d’un rendement annuel moyen de 3 %, soit un peu moins que le rendement de 3,35 % que les CPG de 5 ans ont produit pendant la décennie.

Nous avons entamé le nouveau millénaire en nous croisant les doigts et, quand il est devenu évident que le bogue de l’an 2000 n’était qu’un pétard mouillé, nous étions prêts à empocher les profits. Les marchés étaient en hausse, les taux d’intérêt étaient faibles, l’inflation était maîtrisée et l’économie semblait en bon état – du moins au début. C’est alors que les bouleversements ont commencé. Premièrement, il y a eu l’éclatement de la bulle technologique et le NASDAQ qui a perdu plus de la moitié de sa valeur. Ensuite, l’économie mondiale a connu un bref ralentissement, auquel on a remédié aux États-Unis en assouplissant la politique monétaire et en accordant d’importantes réductions d’impôts. Quelques mois plus tard, les répercussions des attaques du 11 septembre menaçaient de déstabiliser l’économie mondiale.

L’intensification de la sécurité était censée mettre fin à la mondialisation; au contraire, l’économie a vite pris un nouvel essor. Après avoir atteint un creux au début de 2003, les marchés se sont ressaisis et ont entrepris une remontée impressionnante. Pendant tout ce temps, les taux d’intérêt sont demeurés faibles et l’inflation aussi. À l’échelle mondiale, l’immobilier a connu un boom – certains pays, notamment l’Irlande et l’Espagne, voyant le prix des maisons doubler. Le PIB des marchés en voie de développement a fait des gains annuels spectaculaires, et les prix des produits de base et matière première se sont envolés après avoir atteint un creux au début de la décennie.

En 2007, certaines failles sont apparues dans le système financier et à l’automne 2008 une véritable crise financière s’est installée. Certains signes ont fait craindre qu’une nouvelle dépression ne se produise, mais à la fin de 2009 la crise financière s’était résorbée, l’économie émergeait timidement d’une récession mondiale et les marchés effectuaient une remontée fulgurante. La décennie a pris fin avec ce qu’on pourrait appeler une terrible gueule de bois économique – chômage élevé, déficits colossaux des gouvernements, dette nationale en expansion et faible croissance à l’horizon. Malgré les protestations des politiciens, on s’attend à une hausse des taux d’intérêt et des impôts, ce qui ne favorise généralement pas une forte croissance économique.

Cette fois-ci, ce n’est pas différent

Tout indique que nous sommes au cœur d’une série de cycles ascendants et descendants caractéristiques des marchés financiers depuis qu’ils existent. Dans un ouvrage intitulé « This Time is Different, Eight Centuries of Financial Folly », Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, professeurs à l’Université du Maryland et à Harvard respectivement, ont étudié les crises financières qui se sont produites au fil des siècles et ont conclu que chaque crise avait été précédée d’une période de prospérité et du sentiment que « cette fois-ci, c’est différent ». Toutefois, l’histoire nous a montré que les catastrophes économiques sont remarquablement semblables et qu’elles sont généralement précédées par un boom immobilier, une hausse de placement ou l’endettement et d’importants déficits de la balance des paiements courants. Ça vous rappelle quelque chose?

Selon Robert Shiller, professeur à l’Université Yale et auteur du livre « Irrational Exuberance » publié en 2000 et revu en 2005 dans lequel il explique la formation et l’éclatement des bulles boursières, nous pouvons nous attendre à ce que les marchés produisent plus de bulles. Il attribue cette tendance à l’apparition d’une nouvelle culture mondiale en matière de placement, les gens s’en remettant maintenant aux marchés pour s’enrichir au lieu d’épargner comme ils le faisaient avant. Par conséquent, nous sommes beaucoup plus susceptibles de prendre des risques et de spéculer que nos grands-parents, ce qui inclut assumer un plus grand endettement.

Dans le contexte actuel, où l’on prévoit une volatilité accrue et un plus grand nombre de bulles boursières, les investisseurs devraient se rappeler une leçon importante que les deux dernières décennies nous ont apprise : l’importance de la diversification. Sans une boule de cristal pour voir dans quel secteur se formera la prochaine bulle ou dans quelle direction les marchés iront, la diversification demeure la meilleure stratégie pour se constituer un avoir et le préserver – puisqu’elle offre la possibilité d’augmenter les rendements, comme elle l’a fait dans les années 90, et de protéger les investisseurs contre les pertes, comme ce fut le cas au cours de la dernière décennie.

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