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Les gagnants et les perdants de la crise de la COVID-19 sur le marché

Scott Blair, Chef des placements,
CWB Gestion de patrimoine

En mai, alors que les températures commençaient à s’adoucir, un de mes collègues a vu une publicité de chaises Adirondack diffusée par un détaillant local et a décidé de se faire plaisir. À 400 $ l’unité, cela représentait une somme rondelette. Le détaillant lui a annoncé un délai de livraison de six semaines; ses stocks étaient épuisés et il fallait passer commande au fabricant, établi dans une autre province.

Après plusieurs demandes de renseignements auprès du commerçant et du fabricant, mon collègue a appris que la demande avait grimpé en flèche. Du jamais vu. Les commandes ont augmenté de 350 % et la production a ralenti en raison des protocoles liés à la COVID-19. Mon collègue attend toujours et sera chanceux s’il reçoit ses chaises d’ici le printemps prochain.

Attendez-vous à l’inattendu

Ce qui est frappant dans cette histoire, c’est son côté inattendu. Pourquoi un fabricant de chaises verrait-il grimper la popularité de ses produits durant la pire crise économique de notre époque? C’est le contraire de ce qu’il devrait se passer en période de récession.

Habituellement, une récession crée des occasions pour ceux qui ont des fonds à dépenser, mais cette fois-ci, les choses sont très différentes. En raison des abondantes liquidités injectées dans l’économie mondiale par les gouvernements et les banques centrales, des fabricants et détaillants de biens non essentiels ont pris la tête des marchés boursiers.

En période de récession, on observe généralement une baisse des revenus des particuliers, un ralentissement du marché de l’habitation et une augmentation du nombre de faillites. Cette fois-ci, il s’est produit l’inverse. Les revenus des ménages sont en hausse grâce aux subventions des gouvernements, et, n’ayant nulle part où aller, les consommateurs allouent cet argent à des rénovations, à l’achat d’un VR, à de l’équipement de conditionnement physique et, semble-t-il, à des chaises de jardin, entre autres.

Les gagnants

Cette hausse de la consommation de biens a été si spectaculaire que les ménages américains dépensent aujourd’hui davantage sur des biens qu’avant l’éclosion de la COVID-19 (la tendance est similaire au Canada). Après la dernière récession, il a fallu attendre plus de quatre ans avant de voir les dépenses des ménages en biens se redresser. Home Depot a annoncé que ses ventes à magasins comparables ont augmenté de 23,4 % cet été (trimestre terminé le 2 août). Cela signifie qu’un magasin qui a enregistré un chiffre d’affaires de 1 M$ pour l’été 2019 a inscrit un chiffre d’affaires de 1,234 M$ cet été. C’est une croissance incroyable pour un détaillant bien établi. À titre de comparaison, les ventes à magasins comparables ont baissé pendant quatre années d’affilée, durant et après la dernière récession.

Bien entendu, les grands gagnants de la pandémie appartiennent au secteur des technologies. Bien que plusieurs titres technologiques affichent une valorisation discutable, il est logique que ce secteur ait été un déclencheur de la remontée des marchés.  Après tout, non seulement nous avons adopté massivement le télétravail, mais  tout le reste (magasinage, conditionnement physique, divertissement, etc.) est passé en mode virtuel. Le secteur des technologies a rendu ce virage possible, ce qui lui a permis de se détacher du peloton.

Les perdants

Les entreprises qui souffrent de la pandémie sont elles aussi faciles à déterminer. Toutes les activités qui supposent que l’on sorte de chez soi ont été durement touchées. Les dépenses des ménages consacrées aux services ont chuté de façon spectaculaire. Le transport aérien de passagers, les séjours à l’hôtel, le service en salle à manger et les événements sportifs sont quelques exemples des activités qui ont subi un coup de massue. Les dépenses en services se sont bien maintenues au cours de la dernière récession; cette fois-ci, elles affichent une baisse de 7 %.

Le secteur de l’énergie a lui aussi beaucoup souffert. Si les gens ne quittent pas leur domicile pour se rendre au travail ou pour se divertir, ils ne consomment pas autant d’énergie. La demande mondiale de pétrole a baissé d’environ 10 % et les titres de nombreuses petites entreprises du secteur de l’énergie cotées en Bourse affichent une perte de plus de 50 % en cumul annuel.

En conclusion : les possibilités post-pandémie

Qu’est-ce qui attend nos gagnants et nos perdants après la pandémie? Si tout revient à la normale l’été prochain, il y aura une forte demande accumulée en voyages et en expériences. Les consommateurs redirigeront probablement leurs dépenses vers les secteurs des services comme le voyage, l’hôtellerie et les événements devant public, au détriment de produits comme les meubles de patio ou le matériel de rénovation.

Nous referons la navette entre notre domicile et le travail, nous reverrons nos amis et nous quitterons la maison pour magasiner. Ce regain d’activité profitera au secteur du pétrole, et le prix du baril pourrait augmenter de façon marquée puisque l’offre excédentaire se résorbera et le marché retrouvera un meilleur équilibre. Le secteur des technologies devrait continuer de croître, mais pas à la folle vitesse de 2020.

Les sommets que les gagnants de la pandémie ont atteints en 2020 seront difficiles à battre en 2021. La barre est très haute. Pour ce qui est des perdants de la pandémie, la situation peut difficilement être pire que ce qu’ils ont connu en 2020. En fait, leur situation devrait s’améliorer nettement lorsque le monde retrouvera un semblant de normalité. Autrement dit, les gagnants de cette année pourraient bien être les perdants de l’année prochaine et inversement.

En ce qui a trait au monde des placements, nous devons nous attendre à l’inattendu. Pour se protéger de l’inattendu, la meilleure stratégie consiste à bâtir des portefeuilles diversifiés de sociétés de qualité qui présentent une valorisation raisonnable. Ainsi, on protège mieux le capital en cas de turbulence des marchés et on profite d’un potentiel d’appréciation élevé quand les marchés s’apaisent.

Scott Blair compte plus de 25 ans d’expérience dans le secteur des services financiers et possède une expertise en gestion de portefeuilles et en recherche sur les actions. En tant que chef des placements de CWB Gestion de patrimoine, il élabore, exécute et supervise la philosophie de placement qui guide les équipes de placement de la société, ainsi que la répartition de l’actif et les solutions de placement gérées à l’interne.

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