Les actions privilégiées représentent-elles une bonne occasion de placement?

Dans le dernier numéro du bulletin Stratégies (mai 2017), nous nous penchions sur la possibilité que le marché haussier des obligations, qui dure depuis des décennies, puisse être sur le point de prendre fin. Les taux obligataires, qui ont atteint en septembre dernier leurs creux des 35 dernières années, semblent orientés à la hausse. Au milieu de juin, la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé son taux de financement à un jour pour la quatrième fois depuis la fin de la crise financière mondiale. Pour sa part, la Banque du Canada a relevé son taux directeur de 25 points de base en juillet de cette année, et certains sont d’avis que les taux pourraient grimper davantage avant la fin de 2017.

Si les taux d’intérêt se trouvent dans les premières étapes d’un cycle haussier, la situation pose problème pour les porteurs d’obligations, car le prix des obligations baisse lorsque les taux augmentent. De plus, puisque les taux ont été si bas par rapport aux données historiques, une hausse même modeste suffirait pour que les pertes en capital sur les obligations soient supérieures aux versements d’intérêts que reçoivent les investisseurs.

Il n’y a qu’en rétrospective qu’on pourrait dire si la hausse à long terme du marché obligataire est terminée. Cela dit, les titulaires de portefeuilles axés sur le rendement devraient peut-être faire preuve de prudence et envisager des solutions de rechange aux obligations, par exemple des actions privilégiées.

Il pourrait être utile de rappeler brièvement ce que sont les actions privilégiées. Comme leur nom l’indique, les actions privilégiées occupent un rang supérieur à celui des actions ordinaires dans la structure de capital d’une société. Par conséquent, les actionnaires privilégiés doivent recevoir leurs versements de dividendes avant les actionnaires ordinaires. En revanche, les actions privilégiées occupent un rang inférieur à celui des titres de créance de la société. En raison de leur nature, elles sont souvent décrites comme des placements hybrides, à la fois actions et titres à revenu fixe.

Pourquoi le moment serait-il propice pour envisager de faire des placements dans les actions privilégiées? Premièrement, parce que ces titres offrent un taux de rendement beaucoup plus élevé que les obligations et les actions ordinaires. L’indice S&P/TSX des actions privilégiées affiche un rendement à l’échéance avant impôt d’environ 5 %, contre 1,4 % pour les obligations de référence à 5 ans du gouvernement du Canada (en date du 30 juin). Deuxièmement, parce que les dividendes sur actions privilégiées sont assujettis à un taux d’impôt sur le revenu préférentiel comparativement aux versements d’intérêts des obligations, ce qui se traduit par un écart de rendement encore plus avantageux après impôt. À la lumière des données historiques, les prix des actions privilégiées semblent aussi attrayants par rapport à ceux des obligations d’État. Lors des premières émissions de ces titres il y a quelques années, les versements des actions privilégiées étaient généralement supérieurs d’environ 1 % au taux de rendement des obligations du gouvernement du Canada à 5 ans. Toutefois, compte tenu du fait que les taux des obligations d’État sont si peu élevés, l’écart s’est élargi à près de 3 %. Les actions privilégiées offrent aussi un rendement largement supérieur à celui des actions ordinaires : en comparaison, le taux de rendement en dividendes avant impôt de l’indice S&P/TSX est tout juste inférieur à 3 %.

Si les taux d’intérêt se trouvent dans les premières étapes d’un cycle haussier, la situation pose problème pour les porteurs d’obligations.

Une autre raison porte à croire que les actions privilégiées représentent actuellement une solution de rechange avantageuse aux placements traditionnels à revenu fixe. Lorsque les taux d’intérêt augmentent, les produits à revenu fixe éprouvent des difficultés; or, vu sa composition actuelle, le marché des actions privilégiées pourrait fort bien se comporter dans ce contexte. Les actions privilégiées à taux révisable représentent désormais près des deux tiers du marché canadien. Le taux de rendement en dividendes de ces titres est « rajusté » à la hausse lorsque les taux des obligations d’État augmentent. Autrement dit, si la période de taux d’intérêt exceptionnellement bas est terminée, ces titres devraient procurer à l’avenir des revenus plus élevés aux investisseurs.

Enfin, mentionnons que les actions privilégiées n’ont pas enregistré des rendements comparables à ceux d’autres catégories d’actif. Au 30 juin, les actions privilégiées canadiennes n’avaient procuré qu’un rendement global légèrement supérieur à 6 %, comparativement à environ 18 % pour l’indice obligataire universel FTSE TMX Canada ; pour leur part, les actions ordinaires, représentées par l’indice composé S&P/TSX, ont inscrit un rendement global de 52 % au cours des cinq dernières années. On peut donc supposer que cet écart de rendement commencera à se resserrer au cours des prochaines années.

Devriez-vous accroître la pondération des actions privilégiées au sein de votre portefeuille? Cela dépend de nombreux facteurs, notamment de leur pondération actuelle et de votre tolérance au risque. Discutez avec votre conseiller en placements du rôle que ces titres pourraient jouer dans votre portefeuille, par exemple pour diversifier ce dernier en misant sur des placements différents des titres à revenu fixe traditionnels.

 

Andrew Hepburn est un rédacteur financier et journaliste à la pige établi à Toronto. Il a écrit pour diverses publications, notamment le Globe and Mail et Maclean’s, et pour Morningstar.


Cet article est extrait du bulletin Stratégies de Conseillers T.E., édition de septembre 2017. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet en format PDF.

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