La bourse n’est pas l’économie

Cette semaine, alors que plusieurs grandes banques américaines commençaient à publier leurs résultats pour le premier trimestre, dressant un portrait sombre de l’économie américaine, les actions ont poursuivi leur remarquable remontée, après leur creux du 23 mars. Les sept banques qui ont jusqu’ici publié leurs résultats ont constitué une réserve de 27 G$, car elles prévoient des retards de versement sur les prêts en raison de l’arrêt des économies américaine et mondiale, dû à la pandémie*. Cela concorde avec les indicateurs économiques décevants enregistrés aux États-Unis, à savoir des données sur l’emploi et les ventes au détail parmi les pires de l’histoire.

Malgré toutes ces mauvaises nouvelles, l’indice S&P 500 a rebondi de plus de 25 % au cours des quatre dernières semaines, après avoir chuté de 35 % les quatre semaines précédentes. Ce redressement spectaculaire suscite perplexité et tourments chez de nombreux investisseurs, car rares sont ceux qui ont cru en la vigueur et en la viabilité de ce rebond boursier. Les prévisions consensuelles n’ont pas toujours tort; toutefois, un sondage mené en avril par Bank of America Merrill Lynch auprès des gestionnaires de fonds mondiaux révèle un profond pessimisme des investisseurs, car la composante de liquidités moyenne chez les investisseurs professionnels s’élève à 5,9 % : c’est le plus fort pourcentage depuis les attentats terroristes du 11 septembre. Nul doute que les vendeurs à découvert ont souffert de cette progression, qui a pris de court de nombreux investisseurs ayant misé sur une baisse. Comment expliquer ce rebond énergique des actions alors que les données économiques fondamentales et les bénéfices sont si mauvais?

Indice S&P 500

Source: Bloomberg

Cela me rappelle une formule répandue à Wall Street : la bourse n’est pas l’économie. Tandis que les titres de valeur, c’est-à-dire dans l’économie réelle, les entreprises surtout présentes dans les secteurs cycliques comme les services financiers, les produits industriels et l’énergie, enregistraient des replis plus marqués que l’ensemble du marché, les titres de croissance comme Amazon et Netflix ont surpassé leurs sommets records. En cette période de turbulences, la psychologie des investisseurs a elle aussi beaucoup influencé les cours boursiers, habituellement plus sensibles aux données fondamentales. Le temps d’accepter les coûts humain et économique infligés par le nouveau coronavirus, les marchés sont passés de la panique à l’optimisme. De nombreuses catégories d’actif ont été fortement perturbées en mars, mais la Réserve fédérale américaine a agi rapidement et énergiquement en relançant son programme d’assouplissement quantitatif, ce qui a réduit la volatilité sur les marchés obligataires et boursiers, et permis aux actifs risqué de reprendre pied.

Les marchés boursiers pourraient clôturer la semaine en force, après l’annonce d’un traitement prometteur de Gilead contre la COVID-19 et de nouvelles directives fédérales sur le redémarrage de l’économie. Malgré ce redémarrage, il est indéniable que les entreprises auront besoin de temps pour reprendre le cours normal de leurs activités, après le confinement. Selon une enquête récente menée par PriceWaterhouseCoopers auprès des chefs des finances, seulement 22 % des répondants estiment que le retour à la normale de leurs activités prendra moins d’un mois, contre 66 % des répondants à un sondage réalisé le 9 mars. Cela pourrait influencer les prévisions de bénéfices. Il est probable que les prochaines annonces de résultats mettront l’accent sur l’incertitude plutôt que sur la certitude, car les perspectives économiques à court terme sont floues, tant pour les investisseurs que pour les équipes de direction.

Enfin, le marché boursier est un excellent mécanisme prospectif. Habituellement, si l’on en croit les données passées, les cours boursiers intègrent le creux de la croissance économique environ cinq à six mois avant la fin d’une récession. Si les actions ont véritablement touché le fond le 23 mars, cela signifie que le marché boursier anticipe un creux de la croissance économique et une reprise en août. Les cours boursiers ont suffisamment intégré la gravité de la récession, selon moi. Reste à voir si le marché ne s’est pas trompé sur la durée de cette récession.

Source: Bloomberg

Lieh Wang, Chef des placements
Conseillers T.E., une société membre de iA Conseil en placement inc.

*Bloomberg

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