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Gil Lamothe de Leon Frazer & Associates et Edward Friedman de CWB McLean & Partners interviewés par Dominique Beauchamp, journaliste au journal Les Affaires

Gil Lamothe de Leon Frazer & Associates et Edward Friedman de CWB McLean & Partners ont été interviewé par Dominique Beauchamp, journaliste au journal Les Affaires, pour leur rubrique mensuelle de questions-réponses.

Dans cette interview, Gil et Edward expliquent si la pandémie a affecté leurs choix d’actions et quels secteurs canadiens sont les mieux positionnés pour un rebond du marché. Ils partagent également notre point de vue sur la querelle entre les chemins de fer canadiens.

Les Affaires – Quel est le principal élément de votre démarche de placement ?

Gil Lamothe – Nous achetons des sociétés de qualité qui génèrent de solides flux de trésorerie de leur exploitation. Nous portons une attention particulière au parcours des dirigeants. Notre examen de leurs compétences et de leurs réalisations est qualitative, mais il influence notre conviction envers un titre, ainsi que le prix que nous sommes prêts à payer, la place qu’il occupe en portefeuille et l’analyse du rapport risque-rendement. Je me pose toujours la question si je confierais mon argent personnel aux dirigeants.

L.A. – Est-ce que le retour à la normale après la pandémie a une grande influence sur vos choix de titres ?

Edward Friedman – À court terme, le virus pourrait ralentir la reprise au Canada, mais une fois que la vaccination atteint un certain pourcentage de la population, les hospitalisations et les décès diminuent et l’économie reprend du mieux. Le portefeuille a donc un biais cyclique, avec des titres bancaires et industriels, mais nous avons surtout fait nos achats il y a un an lorsque la fuite des investisseurs avait fait chuter certains titres de moitié ou plus. Nous aimons prendre des risques mesurés lorsque le rapport risque-rendement de sociétés que nous connaissons bien est en notre faveur.

L.A. – Quels placements vous semblent encore intéressants après le fort rebond en Bourse ?

E.F. – Les banques devraient retrouver une croissance normale de leurs bénéfices de l’ordre de 4% à 5% par année. Après une période d’épargne, les prêts aux consommateurs et aux entreprises augmenteront à nouveau. Comme les taux sur les prêts remonteront plus vite que les intérêts sur les dépôts, cela aura un effet notable sur les marges. Les cours bancaires sont encore attrayants parce que la hausse des revenus nets d’intérêts fera croître leur valeur comptable. Nous préférons la Banque TD (TD, 85,25 $) pour son exposition à la reprise américaine, la Banque Scotia (BNS, 78,80$) pour ses prêts aux sociétés minières d’Amérique du Sud et la Banque CIBC (CM, 129,88 $) pour les efforts qu’elle déploie pour regagner des parts du marché hypothécaire. Nous avons aussi acheté, il y a deux ans, le prêteur alternatif Equitable Group (EQB, 144,61 $), dont la qualité n’est pas pleinement reconnue. Après une période faste, le prêteur a resserré plusieurs critères de prêts afin de se protéger d’une baisse hypothétique du prix des maisons de 25%.

L.A. – Que pensez-vous du duel entre Canadien National et Canadien Pacifique pour Kansas City Southern ?

G.L. – De prime abord, Canadien Pacifique (CP, 468,87 $) aurait le plus à gagner, mais pas à n’importe quel prix. Nous n’aimerions pas la voir surenchérir. La contre-offre du CN vise aussi à empêcher le CP de devenir un meilleur concurrent, mais ce genre de tactique et les capitaux en jeu augmentent les risques. La possibilité d’une surenchère nous a incités à égaliser le poids des deux titres en portefeuille.

E.F. – Les deux chemins de fer se battent pour un actif lucratif à long terme. Le CN a beau jeu, car son réseau rejoint déjà trois océans. Si le CN l’emportait, l’acquisition ajouterait à sa croissance. Si CP surenchérissait et remportait la mise, le CN pourrait chercher à tirer profit des pressions financières et d’intégration qui pèseront sur le CP pendant plusieurs années pour améliorer la fluidité de son propre réseau et rafler des clients. Sans Kansas City Southern, le CP resterait un bon concurrent au Canada et aux États-Unis. La saga nous donnera le temps de nous adapter au dénouement.

L.A. – Rogers est-il un autre exemple de titre acheté pendant un repli ?

E.F. – Nous avons acheté nos premières actions en décembre 2020, dix-huit mois après le lancement des premiers forfaits sans fil illimités et avant l’annonce du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) concernant la possibilité d’ouvrir l’accès aux réseaux établis à la concurrence. Puisque Rogers tire une plus grande part de ses revenus du service sans fil que ses rivaux, son évaluation était alors tombée à 15,7 fois les bénéfices. Le CRTC ayant finalement choisi un compromis qui donne l’accès aux réseaux établis à des concurrents régionaux à certaines conditions, la situation semble gérable pour Rogers. Elle a aussi le plus à gagner de la reprise économique qui devrait augmenter les revenus d’itinérance sans fil, entre autres. En plus, l’achat de Shaw lui procurera un réseau national sans fil au moment où le service 5G décolle.

L.A. – Que pensez-vous de l’achat d’UPS Fret par le camionneur TFI ?

E.F. – Nous avons acheté nos premières actions en avril 2018 au cours de 35$. Le patron, Alain Bédard, est un exploitant impitoyable en qui nous avons une grande confiance. L’achat d’UPS Fret est brillant parce que TFI a payé un bon prix, conserve les contrats et laisse toutes les obligations financières incluant les caisses de retraite à UPS. Le marché a reconnu le potentiel un peu trop vite en faisant grimper le titre de 32% lors de l’annonce. Nous avons alors encaissé les gains engrangés depuis 2018,mais nous conservons une partie de nos actions. Comme pour toute acquisition majeure, le risque est l’exécution. TFI a beaucoup à faire pour relever les marges de 1% d’UPS à 12%. La hausse des tarifs que TFI veut imposer à l’échéance des contrats pourrait lui faire perdre des clients. Le titre cyclique est un pari sur la reprise économique et l’intégration d’UPS Fret ainsi que l’augmentation des marges de tout le groupe.

Gil Lamothe est responsable de la gestion des titres canadiens de dividendes depuis deux ans à CWB Gestion de patrimoine. Il avait auparavant piloté deux fonds de dividendes pour l’Industrielle Alliance pendant 20 ans. L’un d’eux avait surpassé l’indice S&P/TSX 60 11 années sur 16, entre 2003 et 2018.

Recruté par CWB Gestion de patrimoine il y a 13 ans, Edward Friedman y gère le fonds en gestion commune CWB M&P Canadian Equity Pool depuis cinq ans. Il se joindra sous peu à l’équipe des actions internationales.

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