Investir dans l’art : le pour et le contre

Tout le monde sait que, pour bâtir un patrimoine durable, il est essentiel d’avoir un portefeuille bien diversifié. Les actions, les obligations et les fonds communs de placement peuvent procurer de la variété, mais certains investisseurs avertis se tournent aujourd’hui vers d’autres catégories d’actif.

La concurrence s’étant accrue dans le secteur, une demande en nouveaux modèles de gestion d’actif a émergé et, pour les sociétés de gestion du patrimoine, les placements liés à l’art sont un outil supplémentaire pour répondre aux besoins de diversification des clients.

En 2010, le World Wealth Report constatait une augmentation des « investissements passion » comme les œuvres d’art, les yachts , le vin, les antiquités, les pièces de monnaie, les voitures, les objets de collection, les bijoux, les pierres précieuses et les montres anciennes. Dans cette catégorie, les œuvres d’art étaient considérées comme les placements les plus susceptibles d’être acquis pour leur potentiel d’appréciation dans le temps.

Examinons les avantages et les inconvénients des placements liés à l’art.

Avantages

Moindre volatilité, bons rendements

Selon Artprice, une importante base de données en ligne spécialisée, le marché de l’art offre un rendement moyen de 7,6 %. À titre de comparaison, l’indice S&P 500 a produit un rendement annuel moyen de 9,8 % au cours des 90 dernières années. Les rendements boursiers sont certes plus élevés, mais ils s’accompagnent d’un plus grand risque en raison de la volatilité des actions et parce qu’un marché haussier peut rapidement se transformer en marché baissier. C’est là que réside la valeur des placements liés à l’art : ils représentent un niveau de protection supplémentaire contre les facteurs ayant une incidence directe sur les cours boursiers, comme des turbulences politiques ou un retournement de la conjoncture économique mondiale. Les prix de l’art peuvent grimper en flèche, mais les baisses sont progressives.

Ce qui est rare est précieux

Le marché de l’art offre simplicité et clarté aux investisseurs. Durant la récession de 2008, lorsque les marchés boursiers ont plongé, la plupart des investisseurs n’ont pas vraiment compris où était passé tout l’argent qu’ils avaient perdu. L’impact de la récession sur le marché de l’art a toutefois été négligeable, parce que l’offre y est limitée. Du fait de cette rareté, la valeur de l’art peut être plus stable en période de récession économique.

Durant la récession de 2001, l’art a surpassé le marché boursier. Cela démontre que, à la différence des instruments de placement traditionnels, l’art présente une forte corrélation négative avec le marché boursier. L’art peut s’apprécier quand les actions s’effondrent, ce qui fait de ce secteur un bon outil de diversification du portefeuille. Les œuvres d’art étant des placements non traditionnels, elles produisent des gains en capital de la même façon que les actions, ce qui donne droit à un allègement fiscal.

Une catégorie d’actif mature et viable

Le rôle de l’art dans la société continue d’évoluer, à mesure que les investisseurs changent d’approche à l’égard de la gestion de patrimoine et augmentent leurs placements non traditionnels. Le secteur de l’art représente actuellement plus de 3 000 milliards de dollars, preuve que l’art n’est plus seulement prisé pour sa beauté esthétique, mais aussi pour sa viabilité en tant que catégorie d’actif non traditionnelle.

Un excellent exemple est la caisse de retraite des chemins de fer britanniques (British Rail Pension Fund). Dans les années 1970 et 1980, elle a investi dans l’art sur les conseils de la maison de vente aux enchères Sotheby’s, achetant toiles de maître, peintures impressionnistes, porcelaines chinoises et œuvres du Moyen Âge. La caisse de retraite a par la suite vendu ces œuvres pour 300 millions de dollars, ce qui équivaut à un rendement annuel composé de 11,3 %.

Des fonds spécialisés plutôt que la collection

Le nombre croissant de particuliers à valeur nette élevée désireux de diversifier leur portefeuille a conduit à la création de plusieurs fonds de placement spécialisés dans l’art. Par exemple, The Fine Art Fund, lancé en 2004, se spécialise dans l’art occidental de 1500 au présent, notamment les impressionnistes, les surréalistes, l’art moderne et l’art contemporain.

Appréciation soutenue

Une étude menée en 2012 par l’Université de Tilburg s’est penchée sur les données de ventes aux enchères de peintures, dessins et estampes d’une valeur totale de 1,2 M$. Selon cette étude, en moyenne, les œuvres d’art se sont appréciées à un taux annuel de 3,97 % entre 1957 et 2007. Pour la période de 25 années terminée en 2007, le rendement annuel est de 5,19 %, un taux supérieur à ceux de nombreux placements traditionnels (voir la Figure 1).

Source: Renneboog, Luc and Spaenjers, Christophe, Buying Beauty: On Prices and Returns in the Art Market (April 22, 2012). Management Science, Vol. 59, No. 1, 2013.

Inconvénients

Détermination du juste prix

Attribuer une valeur monétaire à une œuvre d’art est un processus parfois obscur. Les galeries et les marchands d’art sont peu enclins à dévoiler leur méthode d’attribution des prix pour les œuvres vendues sur le marché primaire, et même sur le marché secondaire. Il existe des outils de recherche et les résultats des ventes aux enchères sont un bon indicateur de valeur.

Frais accessoires

Dans la quête du beau, il est important de s’informer des nombreux coûts cachés, qui peuvent réduire le rendement des placements, notamment les frais d’encadrement et de vernissage, les frais d’estimation, la taxe sur les ventes, les frais de vente aux enchères, les primes d’assurance et les frais d’entreposage.

Il s’agit d’un bien matériel.

Il est toujours coûteux et parfois délicat d’entreposer, d’exposer ou d’expédier des œuvres d’art souvent fragiles. Les objets rares sont très sensibles aux conditions ambiantes comme la lumière, l’humidité et les variations de température. Votre investissement est un bien physique, souvent unique, et non une simple combinaison de pixels sur l’écran d’un ordinateur affichant votre compte de placement.

Liquidité limitée

La majorité des œuvres d’art sont achetées dans une optique de long terme. Votre argent est immobilisé, ce qui crée des enjeux de liquidité. Lorsque vous souhaiterez vendre votre placement, vous devrez trouver un acheteur potentiel, sur un marché dont la taille est souvent réduite. L’art est facile à acheter, mais difficile à vendre.

L’art est facile à acheter, mais difficile à vendre.

Sachez aussi que les galeries peuvent hésiter à revendre des œuvres d’art contemporain qu’elles ont déjà vendues, parce qu’il est plus rentable pour elles de vendre des œuvres plus récentes d’un même artiste. Les grandes maisons de vente aux enchères ciblent les artistes bien établis et ne vendront pas les œuvres d’artistes émergents ou sur le déclin. Comme de nombreux marchés où se négocie le talent, l’art est un secteur où le gagnant rafle la mise : les grands noms récoltent la plupart des gains, tandis que les autres ne parviennent pas à vendre.

Avant d’engager des fonds importants, vous devez vous informer sur les défis du marché de l’art et être prêt à les relever. Faites vos recherches et parlez à un conseiller en placements pour déterminer la meilleure façon d’inclure l’art et d’autres investissements passion dans votre portefeuille.

Sameer Amin
Analyste de recherche
Conseillers T.E., Toronto


Cet article est extrait du bulletin Stratégies de Conseillers T.E., édition août 2019. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet en format PDF.

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