Investir aujourd’hui – Les rendements ne sont que la première moitié de l’équation

Investir dans le marché d’aujourd’hui peut être intimidant. Devant le vaste choix d’instruments et de produits de placement, et la foule de conseillers, fournisseurs, courtiers, sous-conseillers et représentants, tous désireux de nous « aider », il est parfois difficile de séparer le bon grain de l’ivraie.

De plus, le marché lui-même est souvent source d’inquiétude. Les cours boursiers augmentent graduellement depuis la crise du crédit de 2008 et nombre d’observateurs se demandent si le prochain marché baissier est imminent.

Je ne sais pas de quoi demain sera fait. En réalité, nul ne le sait; ni votre conseiller, ni le meilleur économiste du monde, ni les politiciens. Tout ce que nous pouvons faire, c’est établir des prévisions raisonnables à partir de notre compréhension du passé et du monde d’aujourd’hui. Une de ces prévisions est que l’économie mondiale continuera de croître. C’est pour cela que nous investissons : pour participer à cette croissance économique. Ce faisant, nous nous attendons à tirer un rendement positif de nos placements. Nous pouvons quantifier le rendement passé, mais nous ne pourrons jamais le prédire avec précision. Tout ce que nous pouvons faire, c’est veiller à ce que nos placements soient équilibrés, diversifiés et fiscalement avantageux. C’est la première moitié de l’équation.

Parmi les différents paramètres (rendement, équilibre, diversification et efficacité fiscale), il y en a un qui est souvent sous-estimé. C’est la seconde moitié de l’équation : l’efficacité fiscale. Bien évidemment, il n’y a pas d’impôt sur le revenu sans revenu. Entendons-nous bien : l’impôt est la queue et le rendement est le chien (et ce n’est pas la queue qui remue le chien). Toutefois, cet article explique l’importance de l’impôt sur le revenu et ses effets sur le patrimoine.

Comparons trois types de comptes de placement : le compte ordinaire (non enregistré), le REER et le CELI. Les comptes de placement enregistrés et non enregistrés existent depuis très longtemps. En revanche, le CELI est relativement nouveau puisqu’il a été lancé en 2009.

Comme vous le savez peut-être, dans un compte de placement ordinaire, le revenu de placement (intérêts, dividendes, redevances et gains en capital réalisés) est assujetti à un impôt annuel. Le revenu de placement provenant d’un CELI n’est pas imposable et celui provenant d’un REER est imposé au moment du retrait. Il est facile de comparer un compte ordinaire et un CELI. En revanche, quand il s’agit de comparer le REER et le CELI, c’est un peu plus compliqué, parce que le REER offre une déduction fiscale lorsque des cotisations y sont versées, mais le revenu est imposable au moment du retrait. Je vais illustrer cette différence à l’aide d’un exemple chiffré.

Supposons que vous avez 40 ans, que vous avez vécu au Canada toute votre vie et que vous n’avez jamais investi. Vous gagnez bien votre vie et votre taux marginal d’imposition durant votre vie active (Ta) est de 45 %. Votre revenu diminuera lorsque vous prendrez votre retraite, donc votre taux d’imposition à la retraite (Tr) sera de 30 %. Comme vous n’avez jamais cotisé à un CELI, vos droits de cotisation cumulés pour ce compte s’élèvent à 57 500 $ (cette somme s’accumule depuis que le CELI a été créé), et nous supposerons que vos droits de cotisation à un REER sont identiques. Nous supposerons également que vous avez 57 500 $ à investir (I).

Vous devez faire un choix : allez-vous investir dans un compte ordinaire, un REER ou un CELI? De nos jours, ces trois comptes permettent tous d’investir dans exactement le même type de placements, donc la seule chose qui les distingue est l’impôt sur le revenu. Voyons quel compte vous procurera la meilleure épargne après impôt (É) au bout de 25 (n) années, en supposant un taux de rendement annuel (R) de 6 %.

Le revenu que vous tirez d’un compte ordinaire serait imposé chaque année à votre taux marginal . Donc, en supposant que vos revenus de placement après impôt soient entièrement réinvestis, la somme épargnée après impôt obtenu au bout de 25 années serait calculée comme suit :

É = I x [1 + R (1 - Ta)]n = 57 500 $ x [1 + 6 %(1 - 45 %)]25 = 129 472 $

Bien entendu, 129 472 $ est une grosse somme, aujourd’hui et dans 25 ans, aussi. Toutefois, calculons la somme que vous auriez accumulée si vous aviez investi les mêmes 57 500 $ dans un CELI. Dans ce cas, les taux d’impôt sur le revenu ne sont pas pertinents, car votre croissance annuelle pourrait être réinvestie entièrement et en franchise d’impôt.

É = I x (1 + R)n = 57 500 $ x (1 + 6 %)25 = 246 782 $

Comme vous le voyez, vous auriez accumulé près du double si vous aviez investi le même montant dans un CELI. Comme je l’ai mentionné, la différence entre un compte de placement ordinaire et un compte d’épargne libre d’impôt saute aux yeux.

À présent, comparons un CELI et un REER. La formule utilisée pour calculer l’épargne après-impôt tirée d’un REER est un peu plus compliquée, parce que les cotisations REER sont assorties d’une déduction d’impôt l’année de la cotisation et qu’elles sont entièrement imposables l’année durant laquelle vous faites un retrait du REER. À cela s’ajoutent les hypothèses concernant l’utilisation que l’investisseur fera des remboursements d’impôt. Vous pouvez en effet dépenser votre remboursement d’impôt ou l’investir. Si vous le conservez et l’investissez, vous pouvez le faire au moyen d’un compte ordinaire ou d’un CELI. Nous allons examiner les deux options.

De plus, les REER ne sont pas libres d’impôt; ils ne permettent que de reporter l’impôt. Cela dit, il est indéniable que le report d’impôt a ses avantages; plus la période de ce report d’impôt est longue, plus vous faites fructifier votre argent.

Qui plus est, lorsque votre taux d’impôt est élevé durant une année (Ta = 45 %), le REER vous permet de reporter l’impôt à une année durant laquelle votre taux est plus bas (Tr = 30 %), ce qui est avantageux.

Compte tenu des exemples et hypothèses ci-dessus, voici le calcul de votre épargne après impôt. D’abord, nous supposerons que vous avez investi votre remboursement d’impôt dans un compte ordinaire :

Ensuite, nous supposerons que vous avez investi votre remboursement d’impôt dans un CELI :

Le REER est donc une option viable, surtout si on peut le combiner à un CELI. Dans l’exemple ci-dessus, la raison pour laquelle le REER (combiné à un CELI) donne de meilleurs résultats que le CELI employé seul est liée à l’écart entre le taux d’imposition marginal actuel de l’investisseur et son taux marginal futur. Le taux d’imposition d’aujourd’hui étant plus élevé que le taux à la retraite, le REER offre un effet multiplicateur unique, car votre remboursement d’impôt aujourd’hui est plus élevé que l’impôt à payer plus tard. Autrement dit, si Ta > Tr, alors REER > CELI. Bien entendu, l’inverse pourrait être vrai. En résumé :

Ces exemples ne visent pas à vous embrouiller, mais à souligner l’importance de l’impôt sur le revenu en matière de placement. Comme le montrent les calculs ci-dessus, l’impôt sur le revenu est véritablement la seconde moitié de l’équation.

L’équilibre, la diversification, les frais modestes et la santé de l’économie mondiale sont les principaux moteurs de rendement, mais l’impôt sur le revenu joue probablement un rôle d’accélérateur.


Brent Soucie est vice-président et planificateur financier chez Conseillers T.E. à Toronto.


 

Cet article est extrait du bulletin Stratégies de Conseillers T.E., édition de décembre 2018. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet en format PDF.

Les articles publiés dans ce site Internet sont de portée générale et présentés uniquement à titre informatif. Vous devez obtenir les conseils d’un professionnel avant d’entreprendre toute action fondée sur les informations contenues dans ces articles. Aucune référence à des tierces parties ne doit être interprétée comme une approbation de, ou un appui pour, ces tierces parties, leurs conseils, informations, produits ou services. Les marques de commerce mentionnées dans ce site Internet sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.

0 replies

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *