Fin de l’argent comptant : l’avenir de la monnaie

Petit, je me rappelle d’avoir échangé des jeux, des jouets et des cartes Pokémon avec mes amis, sans me rendre compte que je venais de faire du troc. Utilisé dans les premières civilisations, le troc a finalement été remplacé par différentes formes de monnaie comme les coquillages, les pierres, les perles, les fourrures et les pièces. Au cours du dernier millénaire, l’argent comptant a été roi, mais il semble que l’argent numérique prédominera au 21e siècle.

L’argent comptant et l’économie souterraine

Dans un contexte de surveillance accrue, les arguments contre l’argent comptant se multiplient. En effet, l’argent comptant facilite les transactions dans l’économie souterraine, où il est possible de sous estimer son revenu puisqu’il ne peut pas faire l’objet d’une vérification fiscale. Il s’agit également du mode de paiement par défaut des personnes ou des organisations qui exercent des activités illicites, car il est difficile à détecter et à retracer.

Selon une étude réalisée par le département de justice et de criminologie de la Georgia State University, il existe une forte corrélation entre l’argent comptant et la criminalité de rue. Par exemple, les quartiers où les cartes de débit préchargées ont été substituées aux chèques encaissables pour le paiement des prestations fédérales d’aide sociale ont connu une baisse de 10 % de leur criminalité totale.

De plus, faire de l’argent coûte de l’argent et c’est pourquoi le Canada a retiré la pièce d’un cent de la circulation. Quelle sera la prochaine chose éliminée?

L’essor du numérique

Notre monde est de plus en plus numérisé. Il suffit de penser à la musique, au courrier, aux films et à l’argent : ils sont tous passés au numérique. Les systèmes mondiaux de paiement électronique révolutionnent la façon dont nous réglons ces différents services, entre autres, et incitent les acheteurs à ne plus avoir de cartes sur eux et à se tourner vers une solution plus technologique : le portefeuille numérique.

TrendForce, une société d’étude de marché d’envergure mondiale basée à Taiwan, prévoit que le volume des paiements mobiles passera de 620 milliards de dollars en 2016 à plus d’un billion de dollars en 2019.

Les téléphones intelligents sont utilisés par plus de la moitié de la population mondiale. Il n’est donc pas surprenant que les institutions financières s’associent à des concepteurs de technologie pour créer des applications de paiement en vue d’un avenir sans argent comptant. Puisque les téléphones intelligents sont en voie de devenir une nécessité plutôt qu’un luxe à l’échelle planétaire, les experts prédisent une tendance à la hausse des portefeuilles numériques.

Dans son livre intitulé The End of Money, David Wolman suggère que la contribution la plus marquante de l’invention du téléphone intelligent est celle des applications qui transforment l’appareil en portefeuille numérique transparent. Bien que les transactions par carte de crédit et de débit représentent encore aujourd’hui la majorité des paiements électroniques dans le monde, l’utilisation du portefeuille numérique a franchi une nouvelle étape dans l’évolution du paiement électronique. Selon une étude réalisée par Oxford Economics and Charney Research, 72 % des dirigeants affirment qu’accepter les paiements mobiles peut stimuler leurs ventes, tandis que ne pas s’adapter à la nouvelle réalité les désavantagera par rapport à leurs concurrents.

Figure 1 : Oxford Economics and Charney Research, mars 2017

La Chine et WeChat Pay / Alipay

Lorsque vous visitez la Chine aujourd’hui, vous n’avez plus besoin de portefeuille, car vous pouvez facilement acheter les produits et les services que vous souhaitez à l’aide d’un téléphone intelligent. Les paiements en ligne ont détrôné l’argent comptant dans une révolution numérique menée par WeChat Pay et Alipay, deux services de paiement en ligne qui ont permis à la Chine de prendre une avance considérable dans ce domaine.

La pénétration rapide du téléphone intelligent et de l’Internet mobile, conjuguée à une importante population de jeunes technophiles, rend la révolution numérique possible. La prédominance des transactions mobiles permet une collecte accrue de données par le gouvernement chinois, qui contribue à son tour à l’augmentation de la rapidité des transactions en doublant leur volume. La croissance du nombre de paiements mobiles en Chine repose sur une base solide d’utilisateurs de téléphones intelligents, WeChat Pay et Alipay comptant respectivement plus de 963 et 520 millions d’utilisateurs actifs. Même les mendiants refuseront votre don en argent et insisteront pour le recevoir avec WeChat Pay ou Alipay.

Figure 2 : Daxue Conseil, 2019

Une occasion à saisir

La demande des consommateurs pour l’option de paiement par téléphone intelligent a obligé la plupart des détaillants, et même les vendeurs ambulants, à franchir le pas. Selon le iResearch Consulting Group, qui mesure les audiences en ligne en Chine, le volume brut de marchandises (VBM) des paiements en ligne dans le pays a atteint 57,7 billions de yuans en 2016, ce qui représente environ 50 fois le VBM de transactions semblables aux États Unis. En comparaison, le VBM américain est estimé à 112 milliards de dollars américains par la société d’études de marché Forrester Research.

iResearch prévoit également que les transactions annuelles en ligne en Chine atteindront 116 billions de yuans d’ici la fin de 2019. Contrairement à Apple Pay qui exige que les marchands achètent la technologie pour recevoir un paiement, un simple morceau de papier arborant le code QR suffit en Chine pour réaliser une transaction portant sur des biens ou des services.

Les risques

Il est facile d’imaginer comment les portefeuilles numériques deviendront plus attrayants à mesure que la technologie évoluera. Or, les portefeuilles numériques comportent certains risques, comme les atteintes à la sécurité des données et la fraude. En cas de perte ou de vol de votre téléphone, bon nombre de renseignements financiers et personnels sont en péril.

Cependant, les portefeuilles numériques offrent un niveau de protection que les cartes de débit et de crédit ne procurent pas. Dans le cas d’un portefeuille physique, les cartes peuvent être volées et utilisées avant même que vous preniez conscience que votre compte a été compromis. Pour détecter rapidement toute activité non autorisée, vous pouvez demander que l’on vous envoie des alertes par téléphone ou par courriel chaque fois que votre carte de crédit ou de débit ont été utilisées, service offert par la plupart des institutions financières et des émetteurs de carte de crédit. Puisqu’un portefeuille numérique est verrouillé par un NIP ainsi que par le code de votre téléphone intelligent, vos données bancaires et de crédit font l’objet d’un chiffrement élevé, ce qui les rend beaucoup plus difficiles d’accès.

Beaucoup croient à tort que la technologie du portefeuille numérique est moins sûre que les transactions traditionnelles par carte de débit et de crédit de sorte que la plupart des grands détaillants hésitent toujours à accepter les paiements par portefeuille numérique. Par contre, Starbucks et Home Depot se sont associées à Square et à PayPal respectivement pour changer ce point de vue en acceptant les paiements numériques au moyen d’applications mobiles.

Le fait qu’aucune application centrale n’est acceptée partout constitue l’un des principaux obstacles à une utilisation plus répandue des portefeuilles numériques. Cependant, plus il y aura de consommateurs qui réclameront la commodité du portefeuille numérique, plus il y aura de détaillants qui mettront à niveau leurs systèmes de paiement, ce qui permettra à l’utilisateur final de profiter d’une sécurité et d’une protection accrues.

La cryptomonnaie : pourquoi nous n’en sommes pas encore là

La cryptomonnaie et la monnaie numérique présentent des différences fondamentales. Par exemple, les monnaies numériques sont centralisées : un point de contrôle central régule l’état des transactions dans le réseau. Quant aux cryptomonnaies, elles sont décentralisées et les règles sont établies par la majorité de la communauté à l’aide de la technologie des chaînes de blocs, combinée à un grand livre décentralisé. Par conséquent, la cryptomonnaie accuse un retard par rapport à la monnaie numérique, car elle est surtout utilisée pour des paiements de pair à pair. De plus, son taux d’utilisation devra fortement augmenter avant qu’elle soit acceptée comme mode de paiement de biens et de services dans le monde réel.

La cryptomonnaie a également son côté sombre. En effet, bien qu’elle soit considérée comme sûre et fiable, la cryptomonnaie a ouvert la voie aux activités illicites par le biais du Web invisible, les transactions traitées dans la chaîne de blocs n’ayant pas à être vérifiées et approuvées par un tiers. Pour accéder au Web invisible, il faut des logiciels, des configurations ou des autorisations précis et cette partie du Web est habituellement fréquentée par ceux qui achètent ou vendent des produits ou des services prohibés. Silk Road, tristement connu comme le premier marché du Web invisible et devenu célèbre parce qu’on y vendait des articles illicites comme des drogues et des armes, utilisait le bitcoin comme mode de paiement en raison de ses caractéristiques quasi anonymes.

Étant donné que la cryptomonnaie en est encore au stade du balbutiement, il est difficile de savoir ce qu’il en adviendra. Toutefois, tant que la cryptomonnaie ne sera pas plus centralisée et qu’elle ne sera pas utilisée comme pilier dans le commerce de détail, les portefeuilles numériques semblent destinés à régner.


Sameer Amin
Analyste de recherche
Conseillers T.E., Toronto

Sources:

Future of Money Report

World Trade Organization

Daxue Consulting

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