Faut-il tourner le dos aux États-Unis?

Faut-il tourner le dos aux États-Unis?

Été 2009

Les problèmes qui affectent l’économie américaine sont bien connus – le déficit budgétaire de près de un billion de dollars, la paralysie des marchés du crédit, la dégringolade du marché immobilier et la déprime du consommateur américain, auparavant dépensier, sur qui il ne faut plus compter pour renverser la vapeur maintenant que la frugalité est à nouveau de mise. La tempête qui a frappé les marchés financiers semble avoir provoqué une réaction de « choc et stupeur » parmi les investisseurs, dont la confiance s’est effritée. Elle a aussi éclipsé bon nombre de qualités qui ont fait des États-Unis l’un des marchés les plus propices aux placements pendant des décennies.

De multiples raisons de s’inquiéter

Si vous tenez à vous inquiéter, l’état actuel de l’économie américaine vous en offre largement l’occasion. Le gigantesque plan de relance de 787 milliards de dollars approuvé en février a fait exploser le déficit budgétaire américain, qui se situe à 991,95 milliards pour l’exercice en cours. Bien que ces chiffres soient renversants, il est utile de les placer dans leur contexte. Exprimé en pourcentage du PIB, le déficit actuel correspond à environ trois fois le déficit dont le président Bill Clinton avait hérité à son entrée en fonction en 1992, et ce déficit s’est transformé en surplus en six ans. Les États-Unis ne sont pas le seul pays qui a réagi à la crise financière en engageant des dépenses qui ont accru le déficit – d’autres membres du G8 ont aussi augmenté leur endettement, y compris le Canada. En outre, la dette totale des États-Unis est égale à environ 60 % du PIB, ce qui n’est pas s différent du taux d’endettement de l’Union européenne et tout de même inférieur à celui du Japon. Quoi qu’il en soit, étant donné l’augmentation des engagements à l’égard du système de soins de santé et de la sécurité sociale de même que l’aversion qu’éprouvent généralement les Américains pour les impôts, de nombreux observateurs se demandent si le pays pourra apprendre à vivre selon ses moyens et rembourser sa dette.

Dans le passé, les États-Unis ont pu utiliser la croissance économique pour enrayer le gonflement des dépenses. Cependant, le consommateur américain, criblé de dettes et démoralisé par la diminution de son avoir net, a mis un frein aux dépenses et s’est plutôt mis à épargner. En mai de cette année, le taux d’épargne des Américains s’élevait à 6,9 % de leur revenu après impôts, un niveau inégalé depuis 1993.

Le crédit disponible ayant fortement diminué (le marché du crédit offert par le secteur bancaire parallèle formé de sociétés telles que GMAC et GE Capital est affaibli), il est peu probable que la croissance économique attribuable à la consommation soit suffisante cette fois-ci. Certains croient que les États-Unis voudront se débarrasser de la dette en augmentant la masse monétaire. Cette mesure entraînerait une dévaluation du dollar américain – éventualité qui inquiète les principaux détenteurs de dollars américains comme la Chine et les pousse à se demander si le dollar américain demeure une monnaie de réserve adéquate. Même si les États-Unis pouvaient stimuler les exportations et réduire le déficit commercial grâce à un dollar plus faible, rien n’indique que la Réserve fédérale américaine entend prendre une telle mesure. Certains estiment que le dollar américain est actuellement surévalué – sa valeur a vite grimpé quand les investisseurs l’ont utilisé comme refuge pendant la tempête qui a secoué les marchés financiers mondiaux. Avant cette montée soudaine, la valeur du dollar diminuait progressivement. Si cette tendance reprend, cela rendra les produits américains plus attrayants sur les marchés étrangers.

Source d’optimisme

Malgré les inquiétudes, il y a plusieurs raisons, selon nous, d’être optimiste à l’égard de la capacité des États-Unis de sortir de la crise financière en meilleur état qu’auparavant. Aucun autre pays, sauf peut-être la Grande-Bretagne, n’a réagi aussi rapidement et ouvertement à la crise. Les politiques américaines ont été draconiennes et d’autres suivront sans doute. Pendant les crises antérieures (pensons entre autres à la crise des caisses d’épargne et de crédit des années 1990), les États-Unis ont démontré leur capacité sans pareille de reprendre le dessus. La faillite de Lehman Brothers remonte à moins d’un an et le système bancaire s’est déjà relativement stabilisé. Les entreprises américaines, tout particulièrement les PME, ont une grande faculté d’adaptation et sont très résistantes. Selon un article paru dans The Economist (30 mai – 5 juin), malgré le contexte difficile les Américains ont lancé 530 000 nouvelles entreprises au cours de la dernière année.

Parmi les entreprises qui sont les chefs de file de leur industrie, un fort pourcentage est constitué de sociétés américaines. Certaines d’entre elles produisent en fait de meilleurs résultats quand l’économie tourne au ralenti (Wal-Mart et McDonald’s sont les deux seuls titres de l’indice Dow Jones des valeurs industrielles qui ont pris de la valeur en 2008). D’autres, comme Johnson & Johnson, ont la réputation d’être immunisées contre la récession en raison de leurs produits de consommation de base. Il y a aussi parmi les entreprises américaines des sociétés, comme Proctor & Gamble et Coca-Cola, qui sont présentes partout dans le monde et qui peuvent donc participer à la reprise, peu importe où elle s’amorce.

La crise financière a entraîné un resserrement de la réglementation qui pourrait rendre le commerce aux États-Unis plus difficile. Malgré cela, selon une publication de la Banque mondiale intitulée Doing Business 2009, les États-Unis sont le troisième pays du monde le plus favorable aux affaires (le Canada est au 8e rang) et il est le premier sur le plan de la compétitivité. Le marché américain du travail est très dynamique – en période de forte croissance, environ 15 % des emplois sont éliminés chaque année pour être remplacés par de nouveaux débouchés. Le taux de chômage s’élevait à plus de 9 % à la fin de mai aux États-Unis, mais le taux de l’Union européenne n’était guère meilleur.

Tributaires des américains

Lorsqu’ils se comparent aux Américains, les Canadiens ont plus de raisons de pavoiser que d’habitude. Nos banques se sont révélées être des modèles de prudence en matière de réglementation et de surveillance, notre économie a résisté au ralentissement pendant plusieurs mois, notre niveau d’endettement des ménages est moins élevé et notre marché de l’habitation, bien qu’il soit en baisse, n’a pas été aussi fortement secoué. Toutefois, il est indéniable que notre économie est largement tributaire des États-Unis. La reprise économique chez nos voisins du Sud est essentielle à notre croissance.

En fait, la majeure partie du monde compte sur une reprise aux États-Unis. Ce pays, dont la population est la troisième en importance au monde, est le seul parmi les pays développés dont la natalité contribue à la croissance de la population. Il possède en outre l’un des niveaux de vie les plus élevés du monde. Même si l’Inde et la Chine sont plus peuplées, leurs niveaux de vie et de revenu disponible ne suffisent pas à créer la demande nécessaire pour enclencher une reprise mondiale.

Pour les Canadiens, investir aux États-Unis présente trois avantages importants : la possibilité de participer à un marché beaucoup plus diversifié que le marché canadien dominé par les secteurs des ressources et des services financiers, la chance d’investir dans certaines des meilleures entreprises au monde réparties dans de multiples secteurs d’activité et la diversification sur le plan des devises. Bien que l’Europe et l’Asie offrent aussi ces avantages, ces deux régions n’ont pas encore mis en place le genre de réforme adoptée par les États-Unis; par conséquent, la reprise s’y produira sans doute plus tard.

Pour de nombreux investisseurs canadiens, le rendement de notre monnaie par rapport au dollar américain est une question préoccupante. Après tout, c’est la rapide ascension du dollar canadien au cours des dernières années qui a considérablement amputé les rendements, non seulement les rendements des placements sur le marché américain,mais aussi ceux d’autres placements étrangers.

Faut-il tourner le dos aux États-Unis? À notre avis, non. Compte tenu des risques et des avantages possibles, il est encore indiqué de participer à l’économie américaine dans le cadre d’un portefeuille équilibré.

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Complément(s) à l’article

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