Êtes-vous votre pire ennemi?

Êtes-vous votre pire ennemi?

Automne 2010

Pourquoi certains investisseurs se nuisent-ils autant? Une science relativement nouvelle – la finance comportementale – pourrait peut-être nous aider à y voir plus clair.

Il y a maintenant 20 ans que la société de recherche en services financiers DALBAR Inc. publie les résultats de son étude annuelle intitulée analyse quantitative du comportement des investisseurs, résultats qui ne manquent jamais de faire réfléchir les investisseurs. Pour la période de 20 ans terminée le 31 décembre 2009, l’indice S&P 500 affiche un rendement annuel moyen de 8,20 %. Or, durant cette même période, les porteurs de parts de fonds d’actions ont réalisé un rendement annuel moyen de seulement 3,17 %. Les frais de gestion peuvent expliquer une part de ce manque à gagner, mais l’écart de rendement est en très grande partie attribuable à l’investisseur, voire à son comportement. Voilà qui nous ramène à ce que disait Pogo, un personnage de bande dessinée : « nous avons rencontré l’ennemi, et l’ennemi, c’est nous ».

Ce phénomène ne date pas d’hier, et une branche de la science tente d’ailleurs de le comprendre. La finance comportementale essaie en effet de savoir dans quelle mesure les émotions et les erreurs cognitives influencent les décisions des investisseurs. On a commencé à s’y intéresser dans les années 1970 lorsque les professeurs Daniel Kahneman et Amos Tversky ont parlé de la « théorie des perspectives » pour la première fois. Depuis lors, la finance comportementale a évolué et s’est élargie pour finalement porter sur les divers comportements irrationnels des investisseurs.

Si on vous donnait 1 000 $ et qu’on vous disait que vous pouviez réaliser un gain sûr de 500 $ ou courir une chance sur deux de doubler votre mise, quelle option choisiriez-vous? Si vous êtes comme 84% des participants à l’étude menée par Kahneman et Tversky, vous avez opté pour le gain sûr de 500 $. Et si on vous donnait 2 000 $ et qu’on vous offrait de choisir entre une perte assurée de 500 $ ou une chance sur deux de perdre 1000 $ et une chance sur deux de ne rien perdre du tout, que feriez-vous? Face à ce scénario, 69 % des participants ont choisi la deuxième option. Puisque le résultat est le même dans chaque scénario, pourquoi les gens répondent-ils différemment? L’étude a permis de constater que les investisseurs sont plus disposés à prendre plus de risques pour éviter des pertes que pour réaliser des gains. Autrement dit, s’ils peuvent réaliser un gain sûr, les investisseurs éprouvent une certaine aversion pour le risque, mais confrontés à une perte assurée, ils deviennent tout à coup très audacieux. La douleur qui accompagne la perte éventuelle d’une certaine somme est généralement beaucoup plus intense que la joie que procure le gain d’une somme équivalente. C’est peut-être ce qui explique pourquoi aux États-Unis, lors de la semaine terminée le 29 septembre dernier, les investisseurs, qui snobaient les actions depuis 22 semaines, ont liquidé pour plus de 3 milliards de dollars d’actions malgré un gain de 8,8 % de l’indice S&P 500. Au cours de la même semaine, les investisseurs ont acheté pour 5,4 milliards de dollars d’obligations lorsque le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans était de 2,38 %.

Non seulement les investisseurs succombent-ils à leur aversion pour le risque, ils ont également une certaine peur des regrets. Personne n’aime admettre qu’il a fait une erreur, et la peur des regrets pousse souvent les investisseurs à conserver leurs canards boiteux. Pour compenser, les investisseurs adoptent souvent un comportement moutonnier, en se disant que si c’est ce que tout le monde fait, c’est sans doute ce qu’il faut faire. S’ils encaissent des pertes, ils se sentent moins mal, car ils ne sont pas les seuls à se trouver dans le pétrin. Cette « mentalité de troupeau» incite les gens à entrer sur le marché lorsqu’il est près du sommet et à en sortir dès qu’une correction survient, adoptant ce faisant la mauvaise stratégie d’acheter à prix fort et de vendre quand les cours chutent, ce qui ne fait que cristalliser leurs pertes.

Autre problème récurrent chez les investisseurs : accorder trop d’importance aux événements à court terme, et pas assez aux tendances et probabilités statistiques à plus long terme. Extrapoler les récentes tendances, qui ne sont pas du tout conformes aux moyennes historiques, peut donner lieu à des attentes beaucoup trop optimistes lorsque les marchés sont en hausse et à des attentes beaucoup trop pessimistes lorsque les marchés sont en baisse. On nous répète sans cesse que les placements en actions nous procureront à long terme un rendement variant de 8 % à 10 %, mais dès que les marchés s’emballent et qu’ils affichent un rendement de 30 % sur un an, les gens veulent investir davantage, sous prétexte que cette envolée se reproduira. Pourtant, à la lumière des rendements passés, il y a très peu de chances de voir les marchés produire de tels rendements deux années de suite.

Vous rappelez-vous de la dernière fois que quelqu’un vous a parlé des pertes qu’il a encaissées? Lorsque les marchés vont bien, tout le monde parle de ses réussites. Curieusement, toutefois, les gens deviennent tout à coup très discrets quand les marchés chutent. Les investisseurs ont tendance à parler volontiers de leurs bons coups, mais moins de leurs moins bons, et ils croient souvent que leurs réussites sont le fruit de leurs aptitudes hors-pair en matière de placements. Ils deviennent alors trop confiants, les hommes étant pires à ce chapitre que les femmes, et pensent qu’ils peuvent faire mieux que le marché, même si très peu de professionnels y parviennent.

Pour éviter d’être victimes de leurs émotions et de leurs instincts, les investisseurs doivent adopter la même stratégie que les investisseurs institutionnels : suivre un processus de placement discipliné qui s’appui sur un énoncé de politique de placement précis. Ce processus consiste à :

  • Fixer vos objectifs de placement;
  • Comprendre votre degré de tolérance au risque et gérer;
  • Adopter une stratégie de placement disciplinée;
  • Mesurer et évaluer vos rendements;
  • Prendre vos décisions sur la base de renseignements pertinents et fiables;
  • Trouver des gestionnaires de placements compétents et les suivre assidûment;
  • Réduire les coûts liés aux placements.

Si cela vous semble familier, c’est tout à fait normal, car il s’agit du processus que nous suivons, chez Conseillers en placements T.E., pour constituer et gérer le portefeuille de nos clients. Votre énoncé de politique de placement fournit la discipline dont vous avez besoin pour demeurer fidèle à vos objectifs et notre processus fait en sorte que les décisions de placement prises en votre nom sont à la fois judicieuses et conformes à vos besoins et attentes. Les émotions ou instincts qui pourraient entraver l’atteinte de vos objectifs de placement n’ont pas leur place dans notre processus.

Les articles publiés dans ce site Internet sont de portée générale et présentés uniquement à titre informatif. Vous devez obtenir les conseils d’un professionnel avant d’entreprendre toute action fondée sur les informations contenues dans ces articles. Aucune référence à des tierces parties ne doit être interprétée comme une approbation de, ou un appui pour, ces tierces parties, leurs conseils, informations, produits ou services. Les marques de commerce mentionnées dans ce site Internet sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.

0 replies

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *