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D’où vient cet engouement pour le NASDAQ, l’or, la technologie financière et les placements ESG?

Entretien avec l’analyste de recherche Sameer Amin

Le dicton « Puissiez-vous vivre des jours heureux » ne saurait mieux décrire le climat qui règne dans le milieu des placements depuis les six derniers mois. Pour vous aider à comprendre certains des grands thèmes apparus récemment sur les marchés, nous nous sommes entretenus avec l’analyste de recherche Sameer Amin sur quatre sujets qui intéressent bien des investisseurs en ce moment.

Les gens semblent plus intéressés par le NASDAQ que par le S&P 500 et le Dow Jones en ce moment. Pourquoi d’après vous?

Aux États-Unis, trois principaux indices boursiers sont utilisés comme mesures de base du rendement quotidien des marchés. Voyons d’abord quelles sont les différences entre chacun, car tous les trois servent d’indices de référence.

L’indice Dow Jones, le plus ancien et le plus connu des trois, a été créé en 1896 par le Wall Street Journal. Il est pondéré en fonction du cours et suit 30 actions à grande capitalisation négociées à la Bourse de New York. Lancé en 1957 par Standard and Poor’s, l’indice S&P 500 suit les 500 plus grandes sociétés inscrites à la Bourse de New York. Cet indice de référence représente environ 80 % du marché des actions américaines et est généralement utilisé comme indicateur de la santé globale de l’économie et du marché boursier américains. Enfin, le NASDAQ est à la fois un indice et une bourse de valeurs électronique; il a été créé en 1985 pour suivre les titres du secteur de la technologie.

L’indice NASDAQ est composé de plus de 3 000 sociétés, en majorité des sociétés de technologie et de services Internet, qui sont pondérées en fonction de leur capitalisation boursière. Le rendement d’un titre influe davantage sur les indices Dow Jones et NASDAQ que sur le S&P 500, puisque leurs 10 principaux titres représentent plus de 50 % de leur valeur. En revanche, le S&P 500 est un indice diversifié dont le poids des 10 principaux titres est deux fois moins élevé.

Les gens s’intéressent plus au NASDAQ qu’au S&P 500 et au Dow Jones en raison de la croissance remarquable qu’a connue le secteur de la technologie au cours des 10 dernières années. Cet essor s’est traduit par un élargissement de l’écart de rendement entre le S&P 500 et le Dow Jones (voir le graphique 1).

Graphique 1

Source: capital.com

Le même phénomène s’est produit en 1999-2000 lors de la bulle technologique, quand les titres de technologie ont monté en flèche. Le NASDAQ avait alors décuplé sa valeur, pendant que le S&P 500 et le Dow Jones ne progressaient que de 11 % chacun. Lorsque la bulle a éclaté, le NASDAQ a chuté de 67 %, contre 23 % pour le S&P 500 et seulement 13 % pour le Dow Jones.

En ces temps sans précédent, les titres de technologie se sont montrés résistants au coronavirus pendant le confinement. De plus, le NASDAQ est fortement exposé au secteur de la biotechnologie, où sont menées les recherches sur les anticorps de la COVID-19 et les vaccins. Soulignons que si l’une des sociétés inscrites à cet indice réussit à mettre au point un traitement efficace contre ce coronavirus, son titre connaîtra une croissance exponentielle.

Par ailleurs, les titres FAANGM (Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Google et Microsoft) jouent également un rôle de premier plan, puisqu’ils ont progressé de manière fulgurante depuis 10 ans. Même si ces titres font partie de chacun de ces trois indices, c’est leur moyenne pondérée qui fait toute la différence. Par exemple, ces six titres représentent environ 46 % du NASDAQ, mais leur proportion est deux fois moins élevée au sein du Dow Jones et du S&P 500.

Plus volatil du fait qu’il est très exposé aux titres de technologie à forte croissance, le NASDAQ a tout de même enregistré le meilleur rendement des 10 dernières années et devrait poursuivre sur sa lancée. L’indice S&P 500 représente l’économie américaine, mais compte des secteurs anéantis par la récession causée par le confinement, ce qui fait contrepoids à la croissance observée dans d’autres secteurs. Le Dow Jones est l’indice le moins volatil, car il regroupe des sociétés de premier ordre et ne compte pas de jeunes sociétés en rapide croissance.

En périodes d’incertitude, l’or est souvent considéré comme une valeur refuge. Les investisseurs ont-ils raison de privilégier l’or ou devraient-ils miser sur un autre type de placement en temps de crise?

L’or est un métal précieux qui a maintenu sa valeur à travers les âges, contrairement au papier-monnaie. Bien que son prix puisse fluctuer à court terme, l’or a toujours conservé sa valeur sur le long terme.

L’or offre une protection contre l’inflation et l’érosion monétaire qui réduit le risque au sein du portefeuille. Lorsque la Réserve fédérale américaine annonce qu’elle imprimera plus d’argent, ce qui cause inévitablement de l’inflation, les investisseurs réduisent leurs placements en actions et augmentent ceux dans l’or afin de préserver leurs avoirs. Par exemple, quand le dollar américain perd de sa valeur par rapport à d’autres devises, comme ce fut le cas récemment, les gens ont tendance à se ruer vers l’or, ce qui fait monter les prix du métal jaune.

Le prix de l’once d’or avoisinait 1 500 $ US au début de l’année et a fait un bond de 25 % depuis, de sorte qu’il atteint maintenant 2 000 $ US environ. L’or ne perd pas de valeur en périodes de volatilité et d’incertitude financières, ce qui en fait une valeur refuge recherchée en temps de crise. En outre, l’or présente une corrélation négative avec les marchés boursiers. Quand le marché boursier s’effondre, l’or augmente et surpasse le marché (voir le graphique 2).

Graphique 2

La ligne orange représente l’or, et la ligne bleue, l’indice Dow Jones.
Source: macrotrends.net

Vous n’êtes pas seul à opter pour cette stratégie. Même Warren Buffet, qui n’est pas un inconditionnel de l’or, car celui-ci ne s’accompagne ni de bénéfices ni de dividendes, a décidé récemment d’investir plus de 500 millions de dollars dans une société d’exploitation aurifère et a ajouté ce titre au portefeuille d’actions de Berkshire. Il faut considérer l’or comme une catégorie d’actif à part entière au sein d’un portefeuille, et les investisseurs devraient s’interroger plus sur la taille de ce placement que sur son inclusion.

L’engouement pour la biotechnologie et la technologie financière ne se dément pas, mais ces deux secteurs restent encore mal connus. Quels thèmes ou quelles tendances observe-t-on actuellement dans ces secteurs?

Définissons d’abord les deux termes. La biotechnologie désigne toute application technologique qui utilise des systèmes biologiques, des organismes vivants ou des dérivés pour fabriquer ou modifier des produits. La technologie financière, quant à elle, désigne toute technologie novatrice qui fait concurrence aux méthodes financières traditionnelles et bouleverse le secteur des services financiers.

Selon un rapport publié par Grand View Research Inc., le marché mondial de la biotechnologie devrait atteindre 727 milliards de dollars américains d’ici 2025, ce qui représente un taux de croissance annuel composé de 7,4 %. Les nouvelles tendances comme la médecine régénérative et le diagnostic génétique devraient stimuler la croissance dans ce secteur très lucratif. La présence d’entreprises qui développent des thérapies régénératives ainsi que les avancées technologiques qui favorisent la pénétration de l’intelligence artificielle grâce à l’apprentissage machine contribueront au progrès dans la lutte contre le cancer et les essais cliniques, notamment.

Par ailleurs, le financement public de programmes de recherche-développement, comme ceux sur le séquençage de l’ADN, la nanobiotechnologie et la régénération tissulaire, a accru le potentiel de développement d’applications dans les domaines de la santé, de la transformation industrielle, de la bio-informatique et de l’agroalimentaire.

La technologie financière a évolué de bien des façons et transformé l’immobilier, les paiements transfrontaliers et le prêt entre pairs. La croissance du capital de risque, l’intérêt des investisseurs et le capital-investissement sont autant de facteurs qui ont favorisé l’innovation et l’investissement dans la technologie financière. Selon KPMG, la taille du marché américain a augmenté de façon appréciable entre 2017 et 2018, passant de 29 milliards de dollars à 54 milliards de dollars. Cette tendance est appelée à s’accentuer étant donné l’essor de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, deux sous-secteurs de la technologie financière.

La pandémie de COVID-19 a eu des incidences sur les gens, tant sur le plan personnel que professionnel. Avez-vous remarqué des changements de comportement chez les investisseurs, comme un intérêt plus marqué pour l’investissement éthique ou les sciences médicales?

La lutte contre la COVID-19 a mis en évidence l’importance des soins de santé. À court terme, on observe une augmentation de la pondération de ce secteur, qui a bénéficié de la pandémie. Et il demeure le plus performant, car les investisseurs s’attendent à ce que le développement d’un vaccin contre la COVID-19 progresse.

À titre d’exemple, le secteur des soins de santé au sein de l’indice S&P 500 a enregistré un rendement annualisé de 14,63 % sur 10 ans, contre 11,69 % pour l’indice. Il en va de même sur les marchés indien et australien, où le rendement des soins de santé a été supérieur à celui de l’indice de référence.

Les investisseurs semblent également se tourner vers des sociétés socialement responsables qui respectent les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Récemment, nous avons observé une flambée de la demande de véhicules électriques et d’énergie solaire. Par exemple, Tesla et Nio ont vu le cours de leurs actions s’envoler alors que la demande des investisseurs s’est déplacée vers les véhicules électriques, pendant que les marchés du pétrole et de l’énergie, aux prises avec une offre excédentaire et une faiblesse de la demande, dégringolaient. De plus, un rapport de JPMorgan fait état d’un accroissement des placements ESG qui s’explique par le fait que les investisseurs cherchent à réduire leur exposition aux secteurs fortement dépendants des produits de base dans le but de protéger leur portefeuille du risque de baisse à la suite de l’effondrement des prix du pétrole. En ce qui concerne la durabilité à long terme, les risques augmenteront vraisemblablement dans la foulée de la pandémie de COVID-19, ce qui est de bon augure pour les placements ESG.

Cette opinion est partagée par 55 % des répondants à un sondage réalisé par JP Morgan auprès d’investisseurs de 50 institutions mondiales (voir le graphique 3). Selon Morningstar, les fonds durables ont obtenu de meilleurs résultats au premier trimestre, parce que tous les fonds indiciels ESG sous-pondéraient l’énergie, ce qui vient renforcer le bien-fondé des placements dans des stratégies ESG.

Source: JP Morgan

Pandémie ou non, les marchés nous réserveront toujours des surprises. Alors considérez votre plan d’investissement à long terme comme un masque chirurgical qui protège votre portefeuille : la majorité des experts s’accordent pour dire qu’il a de bonnes chances de vous protéger.

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