Commentaire d’investissement – Octobre 2012

Le paradoxe de l’épargne

La crise financière européenne, qui sévit depuis quatre ans déjà, continue de menacer le monde des placements. Bien que les nouvelles politiques monétaires accommodantes des principales banques centrales aient eu un effet calmant sur les marchés récemment, la mise en œuvre d’un plan clair et précis pour régler les problèmes structurels de l’Europe se fait toujours attendre. Le mois dernier, même s’il a mis en place des mesures d’austérité sévères, le gouvernement espagnol a annoncé que son déficit budgétaire de 2012 serait plus élevé que prévu, tout en révisant à la hausse – de 8,9% à 9,3% du PIB – son déficit de 2011. L’Espagne fait donc désormais partie d’une longue liste de pays de la zone euro qui ont révisé à la hausse leurs prévisions de dette et de déficit malgré l’imposition de hausses d’impôt et de compressions budgétaires draconiennes. La dette et le déficit sont également des sujets «chauds» en ce moment aux États-Unis, alors que les deux partis politiques sont divisés sur ces sujets à l’approche du précipice budgétaire («fiscal cliff»). Le contexte actuel a ainsi amené plusieurs économistes à parler du «paradoxe de l’épargne» : plus on recourt aux mesures de désendettement et d’austérité pour combattre la hausse de la dette et du déficit, plus il est difficile de réduire ces sommes étant donné leur effet néfaste sur l’économie. Savoir jusqu’à quel point il faut imposer des mesures d’austérité, et à quelle vitesse, est au cœur des préoccupations économiques actuelles des pays développés.

En haut: Ratio dette publique / PIB – Canada (1994 à 1997) par rapport à la zone euro et aux États-Unis (2008 à 2011)

En bas: Déficit budgétaire en pourcentage du PIB – Canada (1994 à 1997) par rapport à la zone euro et aux États-Unis (2008 à 2011)

                                                                                                                                                  
Source: Bloomberg | www.TradingEconomics.com

Selon une étude réalisée récemment par l’Institut Macdonald-Laurier, un groupe de réflexion sur les politiques publiques établi à Ottawa, les pays actuellement embourbés dans une crise budgétaire pourraient s’inspirer de ce que le Canada a accompli durant les années 1990. Les graphiques ci-dessus comparent les données sur la dette publique et le déficit du Canada de 1994 à 1997 aux données actuelles des États-Unis, de l’Espagne, de l’Italie et de la Grèce. Il n’y a pas si longtemps, l’économie canadienne était confrontée à des pressions budgétaires semblables, alors que les obligations du gouvernement fédéral avaient perdu leur cote AAA et que le Wall Street Journal qualifiait le Canada de «membre honoraire du tiers monde». Le gouvernement canadien a toutefois décidé en 1995 de réduire les dépenses liées aux programmes sociaux, ce qui lui a permis de transformer un déficit de 32 milliards de dollars en un surplus de 2,5 milliards de dollars en seulement deux ans. Les dépenses fédérales ont diminué de 22% à 15% du PIB en 2004, ce qui a ouvert la voie à 11 années consécutives de surplus budgétaires. Les économies ainsi réalisées ont servi à éponger la dette publique, qui est passée de plus de 100% du PIB en 1996 à 67% du PIB en 2007, un plancher historique. Fait important à noter, le Canada a évité le «paradoxe de l’épargne». L’économie canadienne n’est pas tombée en récession et a devancé celle de tous les pays du G7 au chapitre de la croissance du PIB au cours des 10 années qui ont suivi la mise en œuvre des réformes.

Bien évidemment, il serait un peu trop simpliste d’affirmer que l’expérience du Canada en matière d’austérité durant les années 1990 est la réponse aux problèmes des crises budgétaires actuelles. Par exemple, l’augmentation considérable des exportations vers les États-Unis et la Chine, tous deux en pleine croissance, a permis d’atténuer le freinage budgétaire au Canada. Compte tenu du ralentissement actuel de l’économie mondiale, il n’est peut-être pas réaliste de s’en remettre aux exportations pour contrer les effets des mesures d’austérité. Il faut toutefois reconnaître l’importance de la politique monétaire. Une étude récente du Fonds monétaire international a en effet conclu que bien que les hausses d’impôt et les compressions budgétaires soient salutaires, le dénominateur commun de tous les programmes d’austérité qui ont porté fruit – dont celui que le Canada a mis en œuvre dans les années 1990 – est l’assouplissement de la politique monétaire. Ceci pourrait donc constituer une lueur d’espoir pour le monde des placements, alors que les dirigeants des banques centrales semblent tenir mordicus à leurs politiques monétaires hyper-accommodantes. Bien que des observateurs et des politiciens présentent une image très sombre de la conjoncture économique, le passé nous démontre que les problèmes budgétaires que nous vivons aujourd’hui ne sont pas insurmontables.

Chez CPTE, nous conservons une perspective à long terme. Bien que le prix des actions de bon nombre de sociétés européennes soit en baisse, la plupart de ces sociétés sortiront indemnes de la tempête. Reste simplement à savoir quand, et non si, cela se produira. Lorsque le vent tournera, les investisseurs qui auront conservé leurs actions européennes verront enfin leur patience récompensée.

 

 

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