Commentaire d’investissement – Mai 2013

La part active : boule de cristal de l’investisseur?

Lorsque les gestionnaires du régime de retraite des fonctionnaires de la Californie (CalPERS), la deuxième caisse de retraite en importance aux États-Unis, ont annoncé à la fin du mois de mars dernier qu’ils songeaient à abandonner la gestion de placements active (c’est-à-dire les stratégies de placement visant à réaliser un rendement supérieur à celui du marché), certains y ont vu un rebondissement très révélateur dans le débat qui oppose depuis des décennies les tenants de la gestion active aux tenants de la gestion passive.

Dans notre commentaire du mois de mars, nous avons mentionné que de nombreuses études mettaient en doute l’efficacité des stratégies de placement actives. Les adeptes de la gestion passive (ou indicielle) s’en remettent en effet aux études menées sur le sujet et sur l’expérience des investisseurs pour affirmer qu’il est très difficile de devancer le marché de façon soutenue. Fait plutôt intéressant à noter, bien que la majorité des gestionnaires de fonds canadiens s’en sont assez bien tirés récemment, le bilan des gestionnaires de fonds américains et internationaux n’est pas aussi reluisant. À preuve, selon le dernier rapport SPIVA (S&P Dow Jones Indices Versus Active), plus de 63 % des fonds d’actions américaines à forte capitalisation ont été devancés par l’indice S&P 500 l’année dernière, tandis que plus de 56 % des fonds d’actions internationales n’ont pas été à la hauteur de leurs indices de référence respectifs. Les supposées lacunes de la gestion active dans ces régions sont encore plus frappantes lorsqu’on examine les rendements à plus long terme.

À la lumière de ces données, l’optimiste conclura qu’environ 30 % des gestionnaires actifs, en moyenne, réussissent à devancer le marché à long terme, tous marchés confondus. Le pessimiste affirmera pour sa part qu’il est extrêmement difficile de réussir à mettre le grappin sur ces gestionnaires. Un des problèmes soulevés a trait à l’incidence des frais de gestion des placements, qui peuvent gruger tout le rendement excédentaire réalisé. De plus, même si un gestionnaire actif réussit à produire un rendement net (après déduction des frais) supérieur à celui de son indice de référence, il a été démontré que pourchasser les gestionnaires qui ont connu les meilleurs résultats par le passé tend à être une stratégie perdante.

Souvent, l’innovation naît de la nécessité, et des chercheurs de l’Université Yale ont mis au point une méthode permettant de mesurer la « part active » d’un fonds afin de repérer les gestionnaires qui pourront continuer de produire des rendements excédentaires. Plus précisément, la part active correspond au degré de différenciation (en pourcentage) entre le portefeuille d’un fonds et la composition de son indice de référence. Ainsi, une part active de 0 % indique que la composition du portefeuille du fonds est identique à la composition de l’indice, c’est-à-dire que le fonds détient les mêmes titres que l’indice, dans les mêmes proportions. Une part active plus élevée indique que la composition du portefeuille est différente de celle de l’indice, que ce soit en raison de la pondération des titres, des titres détenus ou d’une combinaison de ces deux éléments.

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Le graphique ci-dessus illustre les résultats de l’étude menée en 2010. À l’aide d’une base de données renfermant les résultats de plus de 2 500 fonds d’actions américaines de 1990 à 2009, la part active de chaque fonds a été calculée et classée, de plus la élevée à la plus basse. Les chercheurs ont ainsi constaté que les fonds qui affichaient une part active élevée devançaient constamment leur indice de référence, en moyenne de 1,26 % par année après déduction des frais. Ils ont de plus découvert que les « gestionnaires pseudo-actifs » – ceux qui exigent des frais de gestion active, mais qui proposent des portefeuilles dont la composition est pratiquement identique à celle de leur indice de référence – ne réussissent pas à procurer un rendement excédentaire, et ce, avant et après déduction des frais. Plus important encore, l’étude a révélé que la part active a tendance à s’avérer un indicateur fiable au fil du temps. En effet, les fonds qui affichaient une part active élevée au cours d’une période donnée affichaient une part active élevée par la suite et continuaient de procurer des rendements excédentaires.

Il serait évidemment trop facile de prétendre que la part active peut servir de boule de cristal pour prédire avec exactitude le rendement des fonds, mais force est de constater qu’il s’agit d’une mesure quantitative pratique qui peut être utilisée conjointement avec des analyses qualitatives pour faire pencher la balance en notre faveur. Si la sélection des meilleurs gestionnaires représente toujours un défi de taille, Conseillers en placements T.E. prône encore la gestion de placements active. Enfin, puisque les rendements reposent de plus en plus sur les données fondamentales, les gestionnaires qui choisissent leurs titres de façon active ont de meilleures chances de se distinguer.

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