Commentaire d’investissement, janvier 2015

Encaisser les coups en achetant à bas prix et en vendant à prix élevé

Il y a plusieurs années, alors qu’il se préparait en vue de son prochain combat pour le titre, une mêlée de presse s’est formée autour du légendaire boxeur Mike Tyson. Les questions posées étaient plutôt routinières, comme quel était son plan pour contrer le style de son adversaire et comment il allait réagir aux nombreux crochets du droit qu’il recevrait sûrement. Toujours très spontané, le champion des poids lourds a simplement répondu « Tout le monde a un plan… jusqu’à ce qu’il reçoive un coup de poing en pleine figure ».

Cette réponse simple et directe s’applique à bien des aspects de la vie, mais elle est encore plus pertinente lorsqu’elle est appliquée au monde des placements. En effet, même si l’on s’est doté du meilleur plan d’investissement à long terme qui soit, on peut facilement s’en écarter lors des poussées de volatilité sur les marchés des matières premières, des changes, des actions ou des obligations. Toutefois, notre capacité à respecter fidèlement une stratégie à long terme appropriée est souvent plus importante que la stratégie en tant que telle.

Notre commentaire du mois d’août 2013 démontrait cette affirmation. Réagir aux récents résultats – ce qui signifie habituellement l’abandon d’une certaine stratégie en faveur de la plus récente approche « gagnante » – a produit, selon les données historiques, des rendements à long terme inférieurs à la moyenne pour ce qui est des placements en actions et en obligations..

Cela dit, on peut se demander comment la stratégie inverse a performé. Plus précisément, comment les rééquilibrages – dans le cadre desquels les placements les plus performants sont réduits afin de maintenir la répartition stratégique de l’actif – ont favorisé le rendement des portefeuilles?

Une récente étude sur les stratégies dites de « bêta intelligent » a dégagé une observation intéressante à ce sujet. L’idée maîtresse de ces stratégies est qu’elles emploient des règles précises pour surpasser les stratégies indicielles conventionnelles. Par exemple, une stratégie de « bêta intelligent » fondée sur des dividendes élevés pourrait choisir seulement des actions de l’indice dont les distributions sont supérieures à 3 %. Un fonds à faible volatilité pourrait favoriser les titres dont les cours sont plus stables.

Cette étude a constaté que, sur différentes périodes et différents marchés, un bon nombre de ces stratégies de bêta intelligent ont surpassé l’indice. Le résultat contre-intuitif qui a été obtenu est que toute méthode précise de sélection des titres pourrait fonctionner. Une stratégie consistant à choisir seulement les sociétés les plus endettées ou qui affichent la plus faible croissance des ventes pourrait aussi obtenir de meilleurs résultats que ceux de l’indice au cours de certaines périodes. Ces stratégies ont ceci en commun : les portefeuilles sont rééquilibrés au moins une fois par année, en fonction de caractéristiques autres que les cours. Alors que l’indice attribue des pondérations plus élevées aux titres dont le cours a augmenté récemment, ces stratégies rajustent le montant investi dans chaque placement d’après d’autres critères.

Cependant, avant de vous ruer pour investir dans la toute dernière stratégie de bêta intelligent, vous devez être au courant d’un des inconvénients de ces stratégies : le taux de rotation élevé du portefeuille. Des rééquilibrages fréquents entraînent des frais de transaction et des impôts sur les gains en capital plus élevés. Dans le cas de certaines stratégies de bêta intelligent, leur rendement supplémentaire par rapport à un fonds indiciel disparaît lorsque ces dépenses sont prises en compte. Les études sur le rééquilibrage des portefeuilles ressemblent donc un peu aux recherches qui concluent que le vin rouge et le chocolat noir sont bons pour la santé. Or, bien que les résultats soient vrais jusqu’à un certain point, il est possible d’abuser d’une bonne chose.

Les diagrammes ci-dessous montrent les résultats d’une étude réalisée par Conseillers en placements T.E. sur plusieurs méthodes de rééquilibrage. En supposant une répartition de l’actif de 60 % en actions canadiennes et de 40 % en obligations canadiennes, nous avons examiné les effets des rééquilibrages mensuels, trimestriels et annuels sur les résultats du portefeuille entre février 2001 et décembre 2014. Nous avons également examiné une stratégie qui se rapproche davantage de la façon dont nos conseillers en placement gèrent les portefeuilles, avec un rééquilibrage lorsque le portefeuille s’écarte de 5 % de la répartition cible de son actif.

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Comme vous pouvez le constater, la stratégie « acheter et conserver » (ou sans rééquilibrage) n’entraîne aucune rotation de titres, mais les fluctuations des marchés au cours des 13 années ont fait dévier le portefeuille de sa répartition de l’actif recommandée. Plus particulièrement, les placements en actions canadiennes ont crû plus rapidement que les placements en obligations, ce qui a fait passer à plus de 70 % la part des actions en portefeuille. Le degré de volatilité du portefeuille a également augmenté par le fait même.

À l’opposé, le diagramme du bas montre que le portefeuille ayant été rééquilibré mensuellement est demeuré plus près de sa répartition cible. Cependant, pour parvenir à ce résultat, le taux de rotation annuel moyen du portefeuille a grimpé à 22 %. Autrement dit, dans le cas d’un portefeuille de 1 000 $, des placements de 220 $ ont été remplacés par d’autres chaque année. Bien que la volatilité ait été plus faible, les frais de transaction auraient réduit le rendement de ce portefeuille dans les faits.

La stratégie qui consiste à ne rééquilibrer le portefeuille que lorsqu’il s’écarte de 5 % de sa répartition de l’actif stratégique a donné de bons résultats. Le portefeuille est demeuré près de sa répartition cible de l’actif tout au long des cycles des marchés, sans afficher un taux de rotation excessif. Cette stratégie s’est également traduite par un degré de volatilité plus faible et un rendement plus élevé par rapport à la stratégie « acheter et conserver ».

Dans la réalité, les entrées et les sorties de fonds du portefeuille sont aussi utilisées pour rééquilibrer celui-ci. Bien que notre étude n’ait pas pris en compte les mouvements de fonds, ses conclusions sont intéressantes. Une stratégie de rééquilibrage raisonnable atténue la volatilité, tout en renforçant la pratique d’acheter à bas prix et de vendre à prix élevé. Vous n’obtiendrez peut-être pas toujours de bons résultats, mais il a été démontré que le fait de rester fidèle à son plan donne de bons résultats à long terme.

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