Commentaire d’investissement, août 2014

Opinions divergentes au sujet des taux d’intérêt

On dit souvent pour plaisanter que pour chaque économiste il existe un économiste d’opinion opposée. Comme nous l’avons noté dans un autre commentaire il y a quelques mois, malgré l’apparente exactitude des modèles statistiques, l’analyse économique – contrairement à certaines théories de la physique et de la chimie – relève autant de l’art que de la science. L’ex-président des États-Unis Harry Truman a d’ailleurs bien souligné la tendance des économistes à ne pas prendre position, en demandant un jour un rapport « clair et net » à ses conseillers économiques, dont les conclusions étaient toujours « d’une part ceci, d’autre part cela ».

Après tout, les divergences d’opinions sont le fondement même des marchés. Chaque acheteur doit trouver une personne disposée à vendre au prix souhaité. Ce sont maintenant les taux d’intérêt qui ne font pas l’unanimité. Le graphique ci-dessous illustre le fossé croissant entre les prévisions des économistes de la banque centrale américaine et ceux du secteur privé.

Huit fois l’an, les douze membres du Comité de l’open market (FOMC) de la Réserve fédérale américaine se réunissent pour étudier les derniers développements économiques. Au cours des six dernières années, compte tenu de la croissance en dents de scie, du taux élevé de chômage et de la faible inflation dans le monde développé, le FOMC a fixé les taux d’intérêt à court terme à 0 % ou à peu près. À la déception des épargnants du monde entier, les grandes banques centrales – y compris la Banque du Canada – lui ont emboîté le pas. Tous les économistes semblaient du même avis. Dans un contexte économique incertain, une politique monétaire extrêmement souple était la seule constante.

Cependant, certaines voix discordantes se sont fait entendre cette année. Selon les indicateurs économiques, l’économie mondiale est de moins en moins en mode reprise et s’engage de plus en plus dans un cycle d’expansion. Dans ce contexte, le FOMC a indiqué en mars qu’une série de hausses des taux d’intérêt pourrait débuter dans un peu plus d’un an [hausses représentées par les carrés violets dans le graphique]. Quelques mois plus tard, de nouveaux signes du raffermissement de l’économie ont poussé le comité à accélérer l’augmentation prévue des taux d’intérêt [les triangles bleus représentant ces nouvelles prévisions]. Bref, le FOMC prévoit maintenant que les taux d’intérêt se situeront à près de 1,25 % à la fin de 2015.

Bien évidemment, un taux de 1,25 % est relativement peu élevé. L’importance de cette prévision réside plutôt dans ce qu’elle diffère des attentes des marchés. En utilisant les cours des instruments financiers, on peut établir comment les marchés perçoivent l’évolution future des taux d’intérêt. Faisant écho aux conseillers économiques du président Truman, les investisseurs misent de plus en plus sur « l’autre part ». Bien en-dessous des taux établis par le FOMC, la ligne bleu pâle représente les attentes du marché en mars. Il est intéressant de constater que, à la lumière des mêmes données économiques, les investisseurs estiment que les taux se maintiendront près de zéro pendant au moins une autre année [attentes actuelles représentées par la ligne bleu foncé].

Les investisseurs prennent peut-être leurs désirs pour des réalités. Les taux d’intérêt extrêmement bas ont certainement aidé les marchés boursiers à atteindre les niveaux records enregistrés récemment. D’autre part, le FOMC est généralement plus optimiste à l’égard de l’économie. L’été dernier, le comité a provoqué l’émoi des investisseurs en présentant un calendrier de retrait des mesures de relance monétaire. Outre une brève montée des taux, nous avions alors indiqué dans notre commentaire que les rendements demeureraient sans doute bas, compte tenu de la faible inflation et de la modeste croissance. Il s’avère que nous avions vu juste.

Seul l’avenir nous dira quelles prévisions, celles du FOMC ou celles des marchés, étaient bonnes. Cependant, prévoir l’évolution à court terme de l’économie et des marchés n’étant pas une science exacte, CPTE s’efforce de composer des portefeuilles diversifiés qui peuvent être profitables quelle que soit la situation. Si les taux augmentent, notre pondération en titres à revenu fixe à court terme et en actions devrait être avantageuse. D’autre part, si les taux demeurent effectivement bas plus longtemps que prévu, les placements dans les obligations de société à rendement élevé et dans les fonds hypothécaires devraient produire un revenu supplémentaire.

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