Comment protéger vos proches

Je n’y peux rien, je suis un peu cynique. Je m’interroge sur ce qui m’entoure et je trouve de la sérénité et du réconfort dans les statistiques, les sciences, les mathématiques et tout ce qui concerne les finances personnelles. Si vous me parlez de diseuses de bonne aventure ou de signes astrologiques, vous remarquerez peut-être mon regard étrange alors que je tente de cacher mon scepticisme.

Aussi, quand au début de sa grossesse, ma femme m’a dit qu’elle pensait que nous pourrions avoir des jumeaux… j’ai émis des doutes. Pourquoi des jumeaux? Puisqu’il n’y en avait pas dans la famille de ma femme, d’où viendrait le « gène jumeaux »? Elle avait bien rêvé de jumeaux, mais aucune preuve tangible n’existait. Nous plaisantions donc à ce sujet, moi pariant sur un seul enfant et elle, sur des jumeaux. Je vous le répète, je suis cynique.

Je me souviens clairement de la première échographie, un mois environ après le début de la grossesse. Nous avions rendez-vous à 9 h 40 dans une clinique de radiologie à Riley Park, à Calgary. Après quelques minutes d’attente, la technicienne chargée de pratiquer l’échographie est arrivée. Elle nous a brièvement dit à quoi nous attendre, puis elle nous a expliqué qu’elle prendrait des mesures pour déterminer la date de la conception et nous indiquer la date prévue de l’accouchement. Par contre, il était trop tôt pour entendre les battements du cœur. Après avoir pris une série de mesures, la technicienne nous a dit avec nonchalance qu’elle allait prendre les mesures pour « l’autre ». Ma femme et moi nous nous sommes regardés et nous avons éclaté de rire. L’intuition maternelle de ma femme avait facilement vaincu ma logique, mais nous étions tous les deux gagnants ce jour-là. Nous sommes allés prendre un café pour digérer l’information avant de retourner au travail pour l’après-midi.

Je me rappelle deux moments distincts vécus plus tard dans la journée.

De retour au travail, j’ai d’abord demandé à Russ Doherty, mon patron et mentor de longue date, de m’accompagner à l’extérieur du bureau. Après mes parents, que j’avais appelés en allant au café, Russ a été la première personne à qui j’ai annoncé la nouvelle. Je me qualifierais d’homme assez équilibré qui tolère bien la pression. Cependant, je me souviens d’avoir été tellement submergé par les émotions que je me suis mis à pleurer tandis que je m’efforçais d’annoncer la nouvelle à mon patron. Je ne versais pas des larmes de peur ou d’appréhension; j’étais plutôt secoué par l’énormité de la nouvelle d’avoir non pas un, mais deux enfants.

Le deuxième moment de cet après-midi dont je me souviendrai toujours est survenu quelques heures plus tard. Je m’étais ressaisi et j’étais en route pour la maison. Je marchais vers ma voiture que je garais de l’autre côté de la rivière. En traversant le pont, me remémorant les événements de la journée, j’ai rencontré Marc, un de mes clients qui est père de trois enfants. Comme je savais que je n’étais pas censé parler si tôt de la grossesse, je comptais simplement saluer Marc et poursuivre mon chemin, mais j’ai alors senti monter en moi l’adrénaline et je ne pensais qu’à une chose. J’ai lâché : « Marc, je vais être papa et ce sont des jumeaux! » Nous avons levé le poing et nous avons fait ce que les vrais hommes font en de telles occasions. Marc et moi rions encore de notre échange sur le pont ce jour-là.

Les émotions sont puissantes et si vous les écoutez, elles peuvent aussi s’avérer très révélatrices. Les choses de votre vie qui suscitent les plus grandes émotions sont celles que vous devez vraiment prendre en compte et planifier. Je savais ce jour-là, bien avant la naissance de mes filles, que je devais faire ce qu’il fallait pour protéger ma famille et établir un plan pour assurer son avenir. Or, il y avait trois choses que je devais réévaluer et réviser plus particulièrement.

Besoins d’assurance

En premier lieu, nous avons réévalué notre couverture d’assurance vie. Selon moi, il est primordial de souscrire une assurance privée, en plus de celle offerte dans le cadre du régime d’assurance collective de votre employeur. L’idée ici est que c’est vous, et non votre employeur, qui devriez déterminer quelle assurance est appropriée pour vous et votre famille. De plus, une assurance privée garantit que vous serez encore couvert si vous changez d’emploi ou si vous vous retrouvez au chômage.

Auparavant, notre assurance couvrait notre emprunt hypothécaire et nous offrait un peu de souplesse supplémentaire, mais lorsque nous avons appris que nous allions devenir parents, nous avons doublé notre couverture. Nous avons discuté des avantages et des inconvénients d’une assurance individuelle par rapport à une assurance sur deux têtes et nous nous sommes finalement entendus sur une assurance temporaire 20 ans sur deux têtes, payable au premier décès. L’assurance sur deux têtes était le moyen le plus abordable de couvrir nos besoins d’assurance pure, le capital étant versé au décès de ma femme ou de moi-même, peu importe qui décède en premier. En choisissant une assurance temporaire 20 ans, nous avons pu établir nos coûts d’assurance jusqu’à ce que nos enfants atteignent l’âge adulte.

Je savais ce jour-là, bien avant la naissance de mes filles, que je devais faire ce qu’il fallait pour protéger ma famille et établir un plan pour assurer son avenir.

Nous voulions souscrire l’assurance avant la naissance des enfants parce que nous savions que notre emploi du temps serait plus chargé après leur arrivée… et nous n’avions pas tort! De plus, nous avons ainsi pu couvrir le faible risque de complications durant l’accouchement. Je tiens à ajouter qu’il peut être judicieux d’explorer les produits d’assurance vie individuelle (par opposition à l’assurance sur deux têtes) et même les produits d’assurance permanente. Dans notre cas, nous estimions qu’une assurance temporaire sur deux têtes représentait la meilleure solution pour notre famille. Une telle décision exige d’avoir une bonne discussion avec une personne compétente qui pourra vous aider à déterminer ce qui convient le mieux à votre situation.

Documents successoraux

Les nouveaux parents doivent ensuite examiner leurs documents successoraux. Je suis convaincu que nous devrions tous disposer de trois documents importants : un testament, une procuration et un mandat de protection. Un testament vous permet de choisir les tuteurs qui seront responsables de vos enfants advenant votre décès. Il vous permet également de préciser les bénéficiaires de votre patrimoine et les mesures de contrôle que vous souhaitez appliquer à ces dons testamentaires. Si vous décédez sans avoir fait de testament, vous serez considéré comme « intestat ». Les lois relatives à la succession non testamentaire varient d’une province à l’autre et le résultat final est souvent très différent du résultat attendu. Par exemple, si vous pensez que votre conjoint « obtiendra tout », vous serez surpris d’apprendre qu’il pourrait recevoir moins que vos enfants, selon votre province de résidence et la taille de votre famille.

Une procuration vous permet de donner le pouvoir à autrui de gérer vos biens (votre argent, par exemple) de votre vivant, que ce soit immédiatement ou en cas d’événement déclencheur (une absence de capacité, par exemple). Un mandat de protection vous permet de désigner quelqu’un qui peut vous aider à prendre des décisions personnelles (en matière de santé ou de soins médicaux, par exemple) si vous en êtes incapable. Tous ces documents très importants le sont doublement quand vous avez une famille.

Stratégie de placement

La naissance d’un enfant constitue également un moment charnière pour réfléchir à votre stratégie de placement. J’ai déjà écrit au sujet du régime enregistré d’épargne-études (REEE) (article en anglais seulement) et je suis persuadé qu’il s’agit d’un instrument d’épargne extraordinaire pour les parents qui prévoient que leurs enfants feront des études postsecondaires. En gros, je vous conseille d’ouvrir un compte REEE le jour où vous obtenez le numéro d’assurance sociale de votre enfant. J’aime décrire le REEE comme un CELI qui génère automatiquement un rendement de 20 %. Cet avantage résulte du fait que le fédéral verse une subvention annuelle de contrepartie de 20 % (jusqu’à concurrence de 500 $ par année et de 7 200 $ pendant la durée du régime) et que les revenus réalisés dans le cadre du régime sont imposables entre les mains de l’étudiant. Or, la plupart des étudiants ne gagneront pas suffisamment d’argent pour payer de l’impôt. Certaines règles doivent être suivies et votre planificateur financier pourra également vous aider à ce sujet.*

Ne vous contentez pas toutefois d’affecter aveuglément chaque dollar en trop à votre REEE. Vous devriez avoir une bonne discussion avec votre planificateur au sujet de l’affectation de votre épargne, qu’il s’agisse d’un REEE, d’un CELI, d’un REER ou d’un compte au comptant. Ces conversations devraient faire partie de votre planification familiale. Quel est le moment idéal pour commencer à planifier vos placements? Lorsque les enfants sont encore au stade du concept, c’est-à-dire que vous n’envisagez pas d’en avoir avant bien des années!

Par exemple, le fédéral offre aux parents un programme de prestations non imposables appelé Allocation canadienne pour enfants, dont j’ai parlé par le passé (article en anglais). Dans votre planification, vous devez surtout tenir compte du fait que le montant de l’Allocation canadienne pour enfants est fonction de votre revenu familial net combiné. Ainsi, si votre revenu familial est faible, vous recevrez des prestations plus élevées, tandis que si votre revenu familial est élevé, vous recevrez des prestations moindres ou vous ne toucherez rien du tout. Le montant de l’Allocation canadienne pour enfants dépend également du nombre d’enfants que vous avez. Comme vous pouvez le constater, les règles peuvent être complexes, mais les avantages financiers potentiels méritent que vous vous attardiez à la question.

Dans quoi investissez-vous le plus sur le plan émotionnel? Votre réponse vous donnera une bonne idée de ce que vous devez protéger.

À ceux dont la capacité d’épargne est limitée et qui doivent choisir entre un CELI et un REER, je recommande généralement de cotiser d’abord à leur CELI comme solution provisoire si des enfants sont au programme (mais qu’ils n’en ont pas encore), puis de transférer les fonds du CELI dans le REER du conjoint ayant le revenu le plus élevé une fois qu’ils ont des enfants. La cotisation au REER permet alors d’obtenir un remboursement d’impôt fondé sur le taux marginal du conjoint cotisant et peut aussi donner lieu au versement d’une Allocation canadienne pour enfants importante.

Quant aux familles dont le revenu est plus élevé, elles peuvent verser une cotisation plus importante au REER au cours de l’année du congé de maternité ou du congé parental. Dans ce cas, le parent qui travaille (et dont le taux marginal est toujours élevé) verse la cotisation. Pendant ce temps, le congé de maternité se traduira par une année de revenu inférieur à la normale pour l’autre parent. Si la cotisation au REER et le congé de maternité sont combinés, la famille pourrait alors recevoir l’Allocation canadienne pour enfants pendant une seule année alors que, pour la plupart des années, elle n’y serait pas admissible. Comme vous pouvez le constater, la planification doit commencer tôt et la période durant laquelle il est possible de profiter d’un avantage est parfois très courte.

Voilà les questions financières qui me semblent les plus pertinentes pour les nouvelles familles, mais tout bien considéré, je vous suggère de réfléchir aux choses de votre vie auxquelles vous pensez le plus souvent. Dans quoi investissez-vous le plus sur le plan émotionnel? Votre réponse vous donnera une bonne idée de ce que vous devez protéger et sur quoi votre planification et votre attention doivent porter.

Aaron Hector
Vice-président et planificateur financier
Doherty & Bryant Financial Strategists

*Le Québec offre un incitatif additionnel de 10% de votre cotisation annuelle à un REEE. La Colombie-Britannique offre une subvention unique pour l’épargne-études si vous cotisez à un REEE. Le programme de subventions de la Saskatchewan a été temporairement suspendu.


Cet article est extrait du bulletin Stratégies de Conseillers T.E., édition août 2019. Cliquez ici pour consulter le bulletin complet en format PDF.

Les articles publiés dans ce site Internet sont de portée générale et présentés uniquement à titre informatif. Vous devez obtenir les conseils d’un professionnel avant d’entreprendre toute action fondée sur les informations contenues dans ces articles. Aucune référence à des tierces parties ne doit être interprétée comme une approbation de, ou un appui pour, ces tierces parties, leurs conseils, informations, produits ou services. Les marques de commerce mentionnées dans ce site Internet sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.

0 replies

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *